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	<title>Circé Deuzile &#187; Les rochers de l’ambassadeur</title>
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		<title>Les rochers de l’ambassadeur</title>
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		<pubDate>Fri, 01 May 2009 11:02:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>circe</dc:creator>
				<category><![CDATA[Les rochers de l’ambassadeur]]></category>
		<category><![CDATA[Romans]]></category>
		<category><![CDATA[Les rochers de l'ambassadeur]]></category>

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		<description><![CDATA[Le pitch

Court roman humoristique
Julie est tout excitée : ce soir, elle est invitée chez l’ambassadeur, rien de moins ! Elevée aux Ferrero Roche d’Or, un brin entichée de Gustave, l’inoubliable majordome de la saga publicitaire, elle croyait tout connaître de ce monde chatoyant. Mais elle n’est pas au bout de ses surprises…
Découvrez Les Rochers de l’Ambassadeur, ou [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h3 style="text-align: justify;">Le pitch</h3>
<p style="text-align: justify;"><span lang="la" xml:lang="la"><img class="alignleft size-full wp-image-90" title="les-rochers-de-l'ambassadeur" src="http://www.circedeuzile.fr/wp-content/uploads/2009/08/les-rochers-de-lambassadeur.png" alt="les-rochers-de-l'ambassadeur" width="121" height="165" /></span></p>
<p style="text-align: justify;">Court roman humoristique</p>
<p style="text-align: justify;">Julie est tout excitée : ce soir, elle est invitée chez l’ambassadeur, rien de moins ! Elevée aux Ferrero Roche d’Or, un brin entichée de Gustave, l’inoubliable majordome de la saga publicitaire, elle croyait tout connaître de ce monde chatoyant. Mais elle n’est pas au bout de ses surprises…</p>
<p style="text-align: justify;">Découvrez<strong> Les Rochers de l’Ambassadeur</strong>, ou comment une jeune fille enfin invitée à l’ambassade de France va s’apercevoir que les publicités Ferrero de son enfance ne sont pas à prendre au pied de la lettre.</p>
<h3 style="text-align: justify;"><em>Consultation en ligne</em></h3>
<ul style="text-align: justify;">
<li><a href="http://www.circedeuzile.fr/2009/05/les-rochers-de-l%e2%80%99ambassadeur-chapitre-1/"><em>Chapitre 1 :</em></a> <em>Préambule chocolaté</em></li>
<li><a href="http://www.circedeuzile.fr/2009/05/les-rochers-de-l%e2%80%99ambassadeur-chapitre-2/"><em>Chapitre 2 :</em></a> <em>Les contes de fées</em></li>
<li><a href="http://www.circedeuzile.fr/2009/05/les-rochers-de-l%e2%80%99ambassadeur-chapitre-3/"><em>Chapitre 3 :</em></a> <em>L’élégance du flamant rose</em></li>
<li><a href="http://www.circedeuzile.fr/2009/05/les-rochers-de-l%e2%80%99ambassadeur-chapitre-4/"><em>Chapitre 4 :</em></a> <em>De la publicité en milieu diplomatique</em></li>
<li><a href="http://www.circedeuzile.fr/2009/05/les-rochers-de-l%e2%80%99ambassadeur-chapitre-5/"><em>Chapitre 5 :</em></a> <em>Le gratin et la plèbe</em></li>
<li><a href="http://www.circedeuzile.fr/2009/05/les-rochers-de-l%e2%80%99ambassadeur-chapitre-7/"><em>Chapitre 6 :</em></a> <em>Salut, vieux Jules !</em></li>
<li><a href="http://www.circedeuzile.fr/2009/05/les-rochers-de-l%e2%80%99ambassadeur-chapitre-7/"><em>Chapitre 7 :</em></a> <em>Le mouvement perpétuel</em></li>
<li><a href="http://www.circedeuzile.fr/2009/05/les-rochers-de-l%e2%80%99ambassadeur-chapitre-8/"><em>Chapitre 8 :</em></a> <em>Les chasseurs-cueilleurs</em></li>
<li><a href="http://www.circedeuzile.fr/2009/05/les-rochers-de-l%e2%80%99ambassadeur-chapitre-9/"><em>Chapitre 9 :</em></a> <em>L’entonnoir</em></li>
<li><a href="http://www.circedeuzile.fr/2009/05/les-rochers-de-l%e2%80%99ambassadeur-chapitre-10/"><em>Chapitre 10 :</em></a> <em>Plan B</em></li>
<li><a href="http://www.circedeuzile.fr/2009/05/les-rochers-de-l%e2%80%99ambassadeur-chapitre-11/"><em>Chapitre 11 :</em></a> <em>Et la pyramide fut</em></li>
</ul>
<p>Vous pouvez également consulter Les Rochers de l&#8217;Ambassadeur via <a title="Les Rochers de l'Ambassadeur sur Google Docs" href="https://docs.google.com/fileview?id=0B3PI2sZLlxHQZDIxYTI3MTUtOGNhMC00MmJmLThjY2EtYzJlMzNiYWJiNGJl&amp;hl=en" target="_blank">Google Docs</a>.</p>
<p style="text-align: justify;"><a name="dl"></a></p>
<h3 style="text-align: justify;"><em>Téléchargement</em></h3>
<p style="text-align: justify;">
<p><a href="http://www.circedeuzile.fr/wp-content/plugins/download-monitor/download.php?id=1"><img class="alignnone size-full wp-image-93" title="Télécharger Les rochers de l'ambassadeur au format PDF" src="http://www.circedeuzile.fr/wp-content/uploads/2009/08/download-pdf.png" alt="Télécharger Les rochers de l'ambassadeur au format PDF" width="120" height="120" /></a><br />
<em><a class="downloadlink" href="http://www.circedeuzile.fr/wp-content/plugins/download-monitor/download.php?id=1" title=" downloaded 588 times" >Les rochers de l'Ambassadeur (588)</a></em></p>
<img src="http://www.circedeuzile.fr/?ak_action=api_record_view&id=85&type=feed" alt="" />]]></content:encoded>
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		</item>
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		<title>Les rochers de l’ambassadeur : Chapitre 1</title>
		<link>http://www.circedeuzile.fr/2009/05/les-rochers-de-l%e2%80%99ambassadeur-chapitre-1/</link>
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		<pubDate>Fri, 01 May 2009 10:00:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>circe</dc:creator>
				<category><![CDATA[Les rochers de l’ambassadeur]]></category>
		<category><![CDATA[Les rochers de l'ambassadeur]]></category>

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		<description><![CDATA[Chapitre 1:  Préambule chocolaté
Je suis partie du boulot à 16h30, oui vous avez bien lu, 16h30. Incroyable, non ? Et sans une once de culpabilité encore.
Il faut dire que j’avais prévenu tout le monde au fur et à mesure de la journée. Dés le matin, à la question : « Bonjour, ça va ? », j’ai invariablement répondu « Oh, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><em>Chapitre 1: </em> <em>Préambule chocolaté</em></p>
<p style="text-align: justify;">Je suis partie du boulot à 16h30, oui vous avez bien lu, 16h30. Incroyable, non ? Et sans une once de culpabilité encore.<span id="more-96"></span></p>
<p style="text-align: justify;">Il faut dire que j’avais prévenu tout le monde au fur et à mesure de la journée. Dés le matin, à la question : « Bonjour, ça va ? », j’ai invariablement répondu « Oh, oui, je pars tôt ce soir, je suis invitée à l’Ambassade de France ! ». Une vraie poseuse. Mes collègues étaient impressionnés. Comme si j’étais dans les petits papiers de l’Ambassadeur (avec un grand A)… Alors que non, j’ai reçu l’invitation via une association de Français à l’étranger fréquentée par une amie.</p>
<p style="text-align: justify;">Ça je ne l’ai pas dit, question de prestige.</p>
<p style="text-align: justify;">Je suis donc partie à 16h30, le cœur vaillant, en jupe, juchée sur des talons. Je n’allais pas y aller en baskets quand même, si ? J’ai hésité avec ma jolie robe aussi, celle que je n’ai mise qu’une fois, le jour où je me la suis achetée, et qui attend désespérément une occasion dans ma penderie. Mais de quoi aurais-je eu l’air au bureau avec une robe rose bonbon toute pleine de fanfreluches et de jupons ?</p>
<p style="text-align: justify;">Tout le monde ne se trimballe pas dans un épisode de Sex and the City…</p>
<p style="text-align: justify;">Et puis, est-il vraiment indiqué d’arriver sur-pomponnée ? m’étais-je demandé la veille entre deux dossiers plutôt barbants. Ce n’est pas l’archiduchesse d’Autriche qu’ils attendent que je sache. Mon nom est inscrit sur le carton d’invitation et il n’est de toute évidence pas précédé d’un quelconque titre nobiliaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Finalement, ne connaissant ni les subtilités de l’étiquette, ni les dernières tendances de la mode en milieu diplomatique, je me suis dit qu’il valait peut-être mieux la jouer discrète. J’ai donc opté pour une tenue intermédiaire : un peu too much pour le boulot et peut-être un peu limite pour une réception chez l’Ambassadeur.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, l’idée que je me fais d’une réception chez l’Ambassadeur&#8230; Car quelque chose me dit que c’est peut-être un tout petit peu différent des représentations que j’en ai, lesdites représentations étant exclusivement fondées sur un spot télévisé. Je suis sûre que vous voyez lequel…</p>
<p style="text-align: justify;">Non ?</p>
<p style="text-align: justify;">Il est pourtant inoubliable : Tout commence sur la terrasse d’une demeure somptueuse et illuminée où les hommes évoluent en smoking et les femmes en robes de soirée avec des décolletés en veux-tu en voilà. Et ce n’est que l’arrière-plan, accrochez-vous.</p>
<p style="text-align: justify;">Au premier plan, l’ambassadeur, un homme distingué d’une cinquantaine d’année avec une petite moustache aristocratique, se tient, lui, à l’intérieur, un téléphone sans fil à l’oreille.</p>
<p style="text-align: justify;">Si vous vous imaginez le dernier portable que vous avez vu en vitrine, ou même celui de votre petit neveu, vous avez tout faux. Dans notre cas la bête est énorme, une espèce de bibop préhistorique. C’est sans doute pour ça que l’Ambassadeur est à l’intérieur d’ailleurs ; le téléphone ne doit pas pouvoir s’éloigner de sa base de plus de dix centimètres. Nous sommes dans les années 80.</p>
<p style="text-align: justify;">On pourrait croire que tout va bien, mais non ! La tension est palpable, la caméra zoome sur le smoking noir de l’Ambassadeur, on craint pour sa vie. Et le notable est en effet aux abois. À côté de lui gît un plat en argent, vide. L’Ambassadeur est agité et dit d’une voix à la fois autoritaire et paternaliste : « Gustave, dépêchez-vous, nous allons manquer de Roche d’Or<a href="#_ftn1">*</a>. »</p>
<p style="text-align: justify;">Le spectateur a à peine le temps de s’imaginer un Gustave incompétent que le voilà à l’écran. Gustave ne peut être incompétent ; il a des gants blancs. C’est à l’évidence un majordome comme on n’en fait plus, que même Nestor à côté c’est du pipi de chat. Il est au volant d’une voiture de luxe, une valise métallique blindée sur le siège passager, dans laquelle les boîtes de Ferrero Rochers rutilent comme des lingots. Et il répond : « Monsieur le baron, tout est bloqué, je ne peux tout de même pas voler&#8230; » en tapotant amoureusement les gourmandises chocolatées de sa main gantée.</p>
<p style="text-align: justify;">Un concert de klaxons accrédite sa déclaration, au cas où certains esprits chagrins penseraient à un montage.</p>
<p style="text-align: justify;">N’importe qui se serait laissé démonter par une telle affirmation, mais pas l’Ambassadeur (qui est d’ailleurs baron, comme quoi j’avais raison pour la moustache aristocratique). Il répète « Voler… » d’un air songeur et ébauche même un sourire.</p>
<p style="text-align: justify;">Et là tout s’accélère. Le téléspectateur n’en croit pas ses yeux : Un hélicoptère se pose sur la pelouse impeccable de l’Ambassade, Gustave en sort en trombe avec la précieuse valise à la main, la redingote au vent, et se précipite vers la porte de service qui ressemble à s’y méprendre à la Maison Blanche.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour les ramollis du ciboulot, une voix off assène : « Quand on manque de Roche d’Or, tous les moyens sont bons ! »</p>
<p style="text-align: justify;">Changement de plan, apothéose : sur une musique digne de Lully, Gustave ressort sur la terrasse en portant à deux mains la fameuse pyramide de Ferrero. Les invités qui s’étaient assis se relèvent tous avec des <em>Aaah</em> et se dirigent droit vers le clou de la fête. C’est alors qu’un glouton dignitaire se détache du peloton, s’empare d’un chocolat et s’écrit, admiratif, la pépite en l’air comme s’il trinquait : « Vous ne manquez jamais de Roche d’Or ! ».</p>
<p style="text-align: justify;">Gustave est un excellent majordome, il ne laisse rien transparaître et c’est avec un flegme tout britannique qu’il répond : « Les bônnes choses ne doivent jamais maaanquer. »</p>
<p style="text-align: justify;">Pendant ce temps-là, l’Ambassadeur-baron s’approchait lui aussi, au bras d’une demoiselle vêtue d’une robe dorée qui est, coup de bol, assortie aux chocolats. Il entend la réplique finale de son majordome de compétition et esquisse un petit mouvement hésitant en triturant sa moustache. Il a eu chaud aux fesses. On sourit.</p>
<p style="text-align: justify;">Et hop, gros plan sur une boite des précieuses gourmandises et voix off : « Ferrero Roche d’Or, pour les grandes occasions de la vie. »</p>
<p style="text-align: justify;">Et bien vous voyez, ce concentré de luxe, de suspens et d’humour ne dure que 17 petites secondes et il a exercé une influence majeure sur mon enfance, voire mon adolescence. Certains ont le cœur gros en repensant à Jules Verne ou à Dragon Ball Z, moi c’est à l’évocation de la pub pour les Ferrero.</p>
<p style="text-align: justify;">Oh, bien sûr il y a eu d’autres prouesses télévisuelles. Les Ferrero Roche d’Or, c’est toute une saga : Amour, Gloire et Rochers… Dans la version précédente, il n’y avait pas d’hélicoptère car tout se passait dans les salons surchargés de l’Ambassade et le summum de l’intrigue était un mouvement de tête difficilement reproductible de l’Ambassadeur. Je sais, j’ai essayé des centaines de fois devant ma glace. Pour qu’un simple hochement de tête traduise la distinction et le raffinement tout en signifiant <em>Vas-y, go, go, go !</em>, il faut beaucoup d’entraînement. Toutefois, le slogan : « Les réceptions de l’ambassadeur sont toujours un succès. » est resté gravé dans ma mémoire. Dans la suivante, les dignitaires semblaient majoritairement étrangers et une asiatique en robe de soie à col mandarin lançait « Délicieux ! » en chinois ( ?).</p>
<p style="text-align: justify;">Toutes véhiculaient les mêmes fantasmes mais ma préférée reste celle avec l’hélicoptère, à cause de son petit côté James Bond sans doute.</p>
<p style="text-align: justify;">Je vous vois hocher la tête d’un air navré mais je n’étais pas la seule figurez-vous. Je n’ai pas joué à l’Ambassadeur dans mon coin. J’y ai joué avec les gosses de mon quartier, à l’école… On se battait pour jouer le baron et sa moustache magique, et surtout Gustave qui était un rôle particulièrement dur à tenir. Essayez de conserver vos bajoues bien tombantes et votre flegme bien britannique pendant que huit gamins rigolent et que vous devez en plus énoncer d’une voix trainante : « Les bônnes choses ne doivent jamais maaaanquer. » C’est bien plus facile de barboter les colliers de sa mère et de jouer une invitée, c’est moi qui vous le dis !</p>
<p style="text-align: justify;">Plus tard naquit une éphémère période origami, et les roses confectionnées avec le papier d’emballage doré s’imposèrent comme le nec plus ultra de cet art délicat. Tout aussi délicat et mille fois plus poilant : la confection de pyramides. Il y avait deux phases : l’échafaudage proprement dit, qui n’arrivait quasiment jamais à terme malgré tous nos efforts (les chocolats étaient bien trop sphériques), et le pari insensé de retirer un Rocher du milieu sans que la pyramide s’écroule.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce dernier défi n’a jamais été surmonté de mémoire d’homme.</p>
<p style="text-align: justify;">Il y a eu aussi les concours de gobage de Rochers quand nous parvenions à soustraire des boîtes entières à l’euphorie pascale et tout un tas de jeux plus classiques qui retrouvèrent grâce aux pépites une nouvelle jeunesse : le jonglage, les billes, les gages, les pirates, les chercheurs d’or…</p>
<p style="text-align: justify;">Bref, à l’âge vulnérable où nous avions dû cesser de croire au père Noël et à ses rennes volant, nous étions passés des contes au petit écran et avions reporté tous nos espoirs sur l’Ambassadeur et ses invités, les hissant au firmament de nos fictions juvéniles.</p>
<p style="text-align: justify;">Et aujourd’hui le rêve se réalise, je suis invitée à l’Ambassade. Pour de vrai !!</p>
<p style="text-align: justify;">Je n’ai pas la robe dorée mais je suis quand même sacrément motivée.</p>
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">*</a> En ces temps reculés, les Ferrero Rochers s’appelaient des Ferrero Roche d’Or. Et voui.</p>
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		<title>Les rochers de l’ambassadeur : Chapitre 2</title>
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		<pubDate>Fri, 01 May 2009 09:55:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>circe</dc:creator>
				<category><![CDATA[Les rochers de l’ambassadeur]]></category>
		<category><![CDATA[Les rochers de l'ambassadeur]]></category>

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		<description><![CDATA[Chapitre 2: Les contes de fées
Le cœur déjà serré par l’émotion, j’ai pris le train pour La Haye, facile, puis un tram, le 1 bien sûr, qui serpente parmi les demeures cossues de la ville. C’est que je m’étais renseignée avant&#8230; Je suis quelqu’un de remarquablement organisé ; mes sous-vêtements sont triés par couleur, c’est vous [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><em>Chapitre 2: Les contes de fées</em></p>
<p style="text-align: justify;">Le cœur déjà serré par l’émotion, j’ai pris le train pour La Haye, facile, puis un tram, le 1 bien sûr, qui serpente parmi les demeures cossues de la ville. C’est que je m’étais renseignée avant&#8230; Je suis quelqu’un de remarquablement organisé ; mes sous-vêtements sont triés par couleur, c’est vous dire.<span id="more-99"></span>Le trajet me permit même d’apercevoir l’élégant siège du Parlement et le lac Hofvijver dont les nénuphars poussent inexplicablement en carré.</p>
<p style="text-align: justify;">Et donc, forte de ma préparation très pro, je m’attendais à tomber devant le portail de l’Ambassade de France, portail qui s’ouvrirait sur un immense jardin, quelques bassins, des bosquets, des fontaines, tout le tralala, et surtout un joli chemin de gravillons qui me mènerait droit à la fête, pardon : la Réception (avec un grand R).</p>
<p style="text-align: justify;">Et bien non.</p>
<p style="text-align: justify;">Je me suis retrouvée au milieu de nulle part. Qu’on se le dise, le quartier des ambassades à La Haye, y’a des coins ça ressemble à rien, comme un bout de campagne, avec une voie ferrée herbeuse au milieu, de la forêt autour. Prometteur pour un pique-nique mais totalement à coté de la plaque pour une réception haut de gamme.</p>
<p style="text-align: justify;">Heureusement, j’ai avisé un couple qui était descendu au même arrêt et commençait à deviser en français. J’ai donc pris mon courage à deux mains, et, soutenue par l’idée d’une fraternité nationale, je me suis lancée : « Bonjour, vous allez à la Réception du 14 juillet ? »</p>
<p style="text-align: justify;">Dans cette phrase perçaient l’impatience et le bonheur d’être si près du but, mais aussi, j’en suis sûre, un peu des vertes prairies normandes, quelques uns des reliefs qui manquent cruellement aux Pays-Bas et même une petite pointe de Tour Eiffel sous le soleil.</p>
<p style="text-align: justify;">« Oui. » a répondu le gars.</p>
<p style="text-align: justify;">Devant tant de verve, je me suis fugitivement demandé si j’avais bien fait de lui adresser la parole. Pas loquace le compatriote.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans sa phrase, enfin son mot, ne perçait rien du tout. Ou alors un coup de maillet sur un steak, un truc du genre.</p>
<p style="text-align: justify;">J’avalais bravement ma salive et continuais : « Je peux vous accompagner ? Je ne sais pas où c’est exactement.</p>
<p style="text-align: justify;">-         Bien sûr, venez. » m’a dit la fille d’un ton enjoué.</p>
<p style="text-align: justify;">Ça m’a soulagée. C’est idiot, finalement, il y avait peu de chances qu’elle me réponde « Ça va pas, non ? Et ta sœur ? ». Enfin on ne sait jamais hein… vu l’enthousiasme de l’autre.</p>
<p style="text-align: justify;">Ils n’avaient pourtant pas l’air très sûrs d’eux… Le monosyllabique a même regardé le plan affiché sur l’arrêt du tram, ce qui à mon sens ne traduit pas une parfaite maitrise de la géographie ambiante. Du coup, je leur ai demandé s’ils étaient déjà venus. Parce que c’est sympa d’être trois, mais se perdre à trois c’est tout aussi crétin<a href="#_ftn1">*</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">« Oui, il y a deux ans, a répondu la fille.</p>
<p style="text-align: justify;">-         Mais on n’était pas arrivés par là, a complété le gars en matière de justification.</p>
<p style="text-align: justify;">-         Et on est un peu nuls. » a ajouté la fille avec un grand sourire.</p>
<p style="text-align: justify;">Ça me l’a rendu sympathique, j’ai décidé de leur faire confiance. Comme quoi ça tient à peu de choses.</p>
<p style="text-align: justify;">On a commencé à marcher de concert en prenant une rue perpendiculaire aux rails du tram et je dois dire que ça commençait à ressembler à quelque chose : la rue était large, sans doute pour avoir assez de place pour les limos avec 4 motards autour, et bordée d’un côté par les bois et de l’autre par… deux ambassades. Ça vous donne une idée de la taille des bicoques.</p>
<p style="text-align: justify;">Trônant au milieu d’un parc verdoyant, la première était une massive demeure de briques traditionnelle à trois étages, le second en retrait pour laisser place à un balcon hexagonal du plus bel effet. Les fenêtres étaient de celles qu’on voit partout aux Pays-Bas, divisées en élégants petits carreaux à bords taillés portés par des croisillons blancs.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais pourquoi diable coller la maison si près de la rue ?</p>
<ol style="text-align: justify;">
<li>Pour faciliter      le boulot des tireurs embusqués.</li>
<li>Pour que les      fils d’ambassadeurs puissent faire le mur plus facilement.</li>
<li>Pour étendre le      linge à l’italienne, en lançant un fil vers la fenêtre de la maison d’en      face.</li>
</ol>
<p style="text-align: justify;">Réponse : J’en ai vraiment aucune idée, je trouve ça idiot. Mais si vous trouvez, faites-moi signe.</p>
<p style="text-align: justify;">À tout prendre, j’aurais de toutes façons choisi la deuxième, l’ambassade du Portugal, qui, malgré les classiques fenêtres à croisillons blancs, ressemblait à un petit castel du sud avec ses volets peints en bleu Majorelle et son lierre escaladant la façade. L’entrée était à la fois noble et charmante, surmontée d’un fronton cintré puis d’un bas-relief aux motifs de plantes et d’oiseaux entrelacés. Perso j’ai pas ça chez moi, ça se saurait.</p>
<p style="text-align: justify;">Après ça j’ai entraperçu le Palais de la Paix dont je ne connaissais alors pas même le nom et qui essayait de se cacher dans le bois d’en face. Je fus soudain propulsée dans la Belle au Bois Dormant… Surgissant du parc qui lançait ses confettis chlorophylliens à l’assaut du ciel, le toit semblait percé de mille petites fenêtres et je me mis à imaginer pour chaque pièce des intrigues de princesses et de soubrettes, de chevaliers et de vilains. Le beffroi était flanqué de quatre tours mignonettes reliées par des arcades et il repartait, aminci, encore plus haut, pour s’acoquiner à nouveau avec quatre clochetons ronds coiffés de chapeaux pointus. Ce n’est qu’à toucher l’azur qu’il daignait prendre la forme de la tourelle par excellence, de celles dont on ne peut ressortir qu’avec une corde tressée en cheveux d’or<a href="#_ftn2">*</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">M’interrompant soudainement dans mes rêveries métaphysiques, mon compagnon de route improvisé me demanda : «  Vous êtes ici depuis longtemps ? ».</p>
<p style="text-align: justify;">Il me fallut un moment pour reprendre mes esprits. C’est la discussion classique des expats qui se rencontrent pour la première fois, je la connais par cœur, mais je n’étais pas exactement concentrée.</p>
<p style="text-align: justify;">Je détournais à regret les yeux du Palais. « Euh, trois ans. Et vous ?</p>
<p style="text-align: justify;">-         Pareil. Vous n’êtes pas en V.I.E. alors…</p>
<p style="text-align: justify;">-         Non, mon copain est Néerlandais alors je suis venue m’installer ici.</p>
<p style="text-align: justify;">-         Ah oui ? s’est exclamée la fille en haussant le sourcil gauche (j’adore les gens qui peuvent ne soulever qu’un sourcil à la fois). C’est marrant ça. Vous l’avez rencontré comment ?</p>
<p style="text-align: justify;">-         À une compétition de badminton.</p>
<p style="text-align: justify;">-         C’est fou ! Pourquoi il n’est pas venu ?</p>
<p style="text-align: justify;">-         Il pouvait ? demandais-je surprise.</p>
<p style="text-align: justify;">-         Pourquoi pas ?</p>
<p style="text-align: justify;">-         Il est Néerlandais, ai-je réaffirmé comme s’il s’agissait d’une tare.</p>
<p style="text-align: justify;">-         C’est pas grave, assura le gars, au contraire.</p>
<p style="text-align: justify;">-         Oui, a-t-elle ajouté, il y a eu toute une polémique cette année : les places pour les Français ont été réduites au profit des étrangers.</p>
<p style="text-align: justify;">-         Ah bon ?</p>
<p style="text-align: justify;">-         Oui, ça ne sert pas à grand-chose d’organiser une réception pour le rayonnement de la France à des Français, paraît-il.</p>
<p style="text-align: justify;">-         Ben si quand même… » rétorquais-je, naïve.</p>
<p style="text-align: justify;">Je trouvais l’idée saugrenue. Une fête du 14 juillet avec plus de Néerlandais que de Français.</p>
<p style="text-align: justify;">Mes compagnons devaient penser de même puisqu’ils renoncèrent aux multiples possibilités de notre conversation rituelle et accélérèrent le pas.</p>
<p style="text-align: justify;">J’en profitai pour cogiter en douce sur mon sujet favori depuis que je me savais invitée à l’Ambassade (et que le Palais de la Paix était hors de portée) et en arrivai bientôt à la réflexion que si des dignitaires étrangers confabulaient dans les salons de l’Ambassade de ma publicité fétiche, la présence de Néerlandais à cette Réception-ci était plutôt bon signe. Avec un peu de chance il y aurait même une Chinoise pour dire « délicieux » en mandarin.</p>
<p style="text-align: justify;">Toutes à mes pensées, je jetais à peine un coup d’œil à la nonciature apostolique et autres ambassades qui émaillaient notre route<a href="#_ftn3">*</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous sommes alors tombés sur un croisement et mon couple-boussole a manifestement retrouvé ses marques. Ils ont pris à droite, dans une rue semblable à la précédente, à cette différence près que celle-ci devait être la bonne.</p>
<p style="text-align: justify;">Et effectivement, juste après l’ambassade du Koweït dont le jardin était défiguré par une gigantesque antenne parabolique sans doute assez puissante pour entendre une crevette swinguer en Antarctique, a surgi l’Ambassade de France.</p>
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">*</a> Pour ceux qui ne visualisent pas le problème, c’est très simple: un mix entre le Petit Poucet et les trois petits cochons. Evidemment ça ne rime à rien.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">*</a> Si vous ne voyez pas de quoi je parle, relisez Grimm. Nom da diou, il n’y a pas que la télé dans la vie !</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">*</a> Ou alors j’étais déjà blasée des villas, un excellent point pour qui veut intégrer la Haute en catimini.</p>
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		<title>Les rochers de l’ambassadeur : Chapitre 3</title>
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		<pubDate>Fri, 01 May 2009 09:50:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>circe</dc:creator>
				<category><![CDATA[Les rochers de l’ambassadeur]]></category>
		<category><![CDATA[Les rochers de l'ambassadeur]]></category>

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		<description><![CDATA[Chapitre 3:  L’élégance du flamant rose
Bof.
L’Ambassade de France ressemblait à un hôtel de bord de mer, les auvents à rayures en moins. Et la mer, évidemment. Ce qui finit par enlever beaucoup de charme à l’hôtel de bord de mer. L’édifice était trop massif à mon goût. Dans la pub il y avait des colonnades, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><em>Chapitre 3:  L’élégance du flamant rose</em></p>
<p style="text-align: justify;">Bof.</p>
<p style="text-align: justify;">L’Ambassade de France ressemblait à un hôtel de bord de mer, les auvents à rayures en moins. Et la mer, évidemment. Ce qui finit par enlever beaucoup de charme à l’hôtel de bord de mer. <span id="more-101"></span>L’édifice était trop massif à mon goût. Dans la pub il y avait des colonnades, j’en aurai mis ma main à couper. Et une pelouse suffisamment grande pour accueillir un hélicoptère à brûle-pourpoint.</p>
<p style="text-align: justify;">Le parc devait être derrière mais la maison semblait du coup très proche de la rue. Encore. Moi j’aurais fait moitié, moitié. Mais on ne me demande jamais mon avis, que voulez-vous.</p>
<p style="text-align: justify;">Et c’est là que j’ai réalisé que dans ma tête avant de venir, j’avais du non seulement projeter tous mes fantasmes cacaotés sur cette invitation mais aussi associer les mots <em>Ambassade de France</em> et <em>Château de</em> <em>Versailles</em>. Forcément après on est déçu.</p>
<p style="text-align: justify;">Parce qu’en soit c’était quand même une sacrée baraque.</p>
<p style="text-align: justify;">En longeant la haie pour rejoindre la queue qui s’était formée devant le portail, nous sommes passés devant une première grille fermée qui laissait entrevoir l’intérieur de l’enceinte ; le jardin avait l’air pris d’assaut. Ciel ! Les invités étaient censés discuter en petits groupes huppés et chatoyants, pas se masser en foule ! Certains ne connaissent manifestement pas leurs classiques.</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai consulté ma montre avec appréhension : 18h25.</p>
<p style="text-align: justify;">« La Réception ne commençait pas à 18h30 ?</p>
<p style="text-align: justify;">-         Si, a répondu le gars. Mais certains avaient des invitations pour 17 heures.</p>
<p style="text-align: justify;">-         Hum, a acquiescé la fille, j’en ai entendu parler au café littéraire mardi. Y’avait un type, M. de la Chantellière ou je sais pas quoi, qui se vantait de pouvoir venir à 17 heures.</p>
<p style="text-align: justify;">-         Ah, ça, les de Machin chose ça a toujours des passe-droits. » conclu le gars d’un air buté<a href="#_ftn1">*</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Je les ai suivis dans la queue, plombée par cette révélation : Pour une fois que j’étais invitée à l’Ambassade, j’étais un second couteau.</p>
<p style="text-align: justify;">Plus angoissant encore : resterait-il des pyramides de Ferrero pour les seconds couteaux ?</p>
<p style="text-align: justify;">Mais la fille avait l’air de très bien le vivre, et elle poursuivit ses révélations sur un ton guilleret.</p>
<p style="text-align: justify;">« Il y avait aussi une femme qui paniquait sur sa tenue ! »</p>
<p style="text-align: justify;">Ça avait l’air de lui sembler très drôle ; j’ai donc souri poliment.</p>
<p style="text-align: justify;">« Il faut dire qu’il y a eu tout un laïus sur le forum des Français aux Pays-Bas. Soit disant que les femmes devaient venir en robe cocktail &#8211; pas en robe longue, puisque ce sont des robes du soir &#8211; mais en robe cocktail qui s’arrêtent juste en dessous du genou. » poursuivit-elle.</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai entendu ma jolie robe rose hurler dans son placard.</p>
<p style="text-align: justify;">Et j’ai paniqué.</p>
<p style="text-align: justify;">« Fallait venir en robe cocktail ? ai-je demandé en regardant ma mise avec pitié.</p>
<p style="text-align: justify;">-         Mais non… » a-t-elle répondu en soulignant son propos d’un large geste qui englobait à la fois sa tenue et celle de son acolyte.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est vrai qu’ils n’étaient pas particulièrement sur leur trente-et-un et qu’ils n’avaient pas l’air de s’en formaliser plus que ça.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais des inconscients, il y en a partout. Je n’étais pas rassurée plus que ça.</p>
<p style="text-align: justify;">« Il faut juste être décent, c’est tout. » conclut-elle.</p>
<p style="text-align: justify;">J’aurai bien poussé l’enquête vestimentaire un peu plus loin mais nous venions d’arriver au poste de contrôle<a href="#_ftn2">*</a>. Deux femmes se tenaient derrière un large bureau parallèle à la file et recevaient les invitations et pièces d’identité des invités de la Réception.</p>
<p style="text-align: justify;">« Bienvenue ! », me lança immédiatement la deuxième, la plus éloignée de l’entrée.</p>
<p style="text-align: justify;">En décodé ça veut dire : « Pourquoi tout le monde fait la queue devant ma collègue ? Vous ne voyiez pas que je suis là, moi ?  Ramène ton cul la petite bonde là ! ».</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai presque couru vers elle.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est donc cette petite femme dont l’air strict contrastait avec le visage poupin qui vérifia la correspondance des deux pièces que je lui avais tendues d’un bras tremblant. Elle inscrivit le numéro de la carte d’identité sur l’invitation et me rendit la carte d’identité.</p>
<p style="text-align: justify;">Uniquement la carte.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est que j’avais pensé garder l’invit’ moi, limite la faire encadrer…</p>
<p style="text-align: justify;">Je n’ai toutefois pas eu le temps d’atermoyer : d’autres invités attendaient derrière et je n’avais pas envie de passer pour une néophyte. Je me suis donc engagée d’un air décidé vers la prochaine étape : passer sous un de ces portiques qu’on ne trouve normalement que dans les aéroports.</p>
<p style="text-align: justify;">Deux gendarmes en uniforme de cérémonie encadraient ledit portique avec un air pas commode du tout, le genre d’air qui sied particulièrement aux gaillards de deux mètres bâtis comme des armoires normandes. Inutile de vous dire que je n’avais pas envie de les décevoir.</p>
<p style="text-align: justify;">Grande voyageuse (j’ai déjà fait Paris-Nice en classe éco), je savais que les boutons de ma veste et mes barrettes à cheveux avaient tendance à irriter les machines. J’ai donc enlevé ma veste, mon foulard sur lequel étaient cousues des petites paillettes argentées (donc métalliques ?), mes barrettes…</p>
<p style="text-align: justify;">« Va falloir s’arrêter là Mademoiselle ! »</p>
<p style="text-align: justify;">Arrêtée en plein élan, alors que j’allais passer sous le portique, je me suis retournée éberluée.</p>
<p style="text-align: justify;">Quoi ? Ma tenue ne convenait pas ? Pourtant, la femme ne m’avait rien dit à l’accueil… À vrai dire j’étais tellement estomaquée que je m’étais figée dans une posture proche du flamant rose, la jambe en suspens, juste devant le portique.</p>
<p style="text-align: justify;">Le gendarme me gratifia d’un sourire encourageant et ajouta : « Votre strip-tease là, il va falloir arrêter. »</p>
<p style="text-align: justify;">Hein ?</p>
<p style="text-align: justify;">Et soudain, la lumière fut : c’était de l’humour !</p>
<p style="text-align: justify;">Super, quel boulet…</p>
<p style="text-align: justify;">Évidemment je lui rendis son sourire et franchis le portique aussi dignement que je le pouvais. Les flamants roses sont parfois d’une élégance folle.</p>
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">*</a> Ça devait être son expression fétiche, ça, l’air buté. Il aurait pu choisir le sourire en coin ou le froncement de nez, mais non, c’était 100% air buté.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">*</a> Ça doit se dire “Point d’accueil” en langage de réception, voire “Comptoir de bienvenue”, mais moi ça m’a fait l’effet d’un poste de contrôle, limite un péage.</p>
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		<title>Les rochers de l’ambassadeur : Chapitre 4</title>
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		<pubDate>Fri, 01 May 2009 09:45:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>circe</dc:creator>
				<category><![CDATA[Les rochers de l’ambassadeur]]></category>
		<category><![CDATA[Les rochers de l'ambassadeur]]></category>

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		<description><![CDATA[Chapitre 4:  De la publicité en milieu diplomatique
Pas envie d’avoir l’air d’une néophyte, hein ? Tu parles.
Mon couple-boussole, qui semblait en passe de devenir mon couple-chaperon*, n’avait rien remarqué, heureusement.
La fille m’avait devancée, son copain passa après. N’ayant rien de mieux à faire, elle avait observé les barres lumineuses qui s’étalaient en haut du portique sur [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><em>Chapitre 4:  De la publicité en milieu diplomatique</em></p>
<p style="text-align: justify;">Pas envie d’avoir l’air d’une néophyte, hein ? Tu parles.<span id="more-103"></span></p>
<p style="text-align: justify;">Mon couple-boussole, qui semblait en passe de devenir mon couple-chaperon<a href="#_ftn1">*</a>, n’avait rien remarqué, heureusement.</p>
<p style="text-align: justify;">La fille m’avait devancée, son copain passa après. N’ayant rien de mieux à faire, elle avait observé les barres lumineuses qui s’étalaient en haut du portique sur le côté invisible à la personne entrante.</p>
<p style="text-align: justify;">« Tiens, tu n’as fait s’allumer que trois barres vertes, pas top ! »</p>
<p style="text-align: justify;">Comme pour souligner ses propos, un homme d’une cinquantaine d’années à la moustache décidée et en grand uniforme (un colonel ?) passa sous le portique pour sortir, et toutes les lumières vertes s’allumèrent d’un coup, immédiatement rejointes par les cinq barres rouges.</p>
<p style="text-align: justify;">Est-ce à dire qu’ils avaient laissé entrer le bonhomme bardé d’armes de poing ?</p>
<p style="text-align: justify;">Ce n’était guère rassurant<a href="#_ftn2">*</a>. Et effectivement dans ce contexte deux barrettes à cheveux avaient du sembler bien ridicules…</p>
<p style="text-align: justify;">J’aurais pu tergiverser longtemps sur ce passionnant sujet mais ma guide officieuse s’était lancée sur la maison. La largeur était impressionnante. Mais où était la terrasse somptueuse et illuminée ?</p>
<p style="text-align: justify;">« Je ne pensais pas que ça ressemblait à ça l’Ambassade de France, dis-je distraitement.</p>
<p style="text-align: justify;">-         C’est pas l’ambassade, me répondit le gars du tac-au-tac.</p>
<p style="text-align: justify;">-         Non ?</p>
<p style="text-align: justify;">-         Non, c’est la résidence de France.</p>
<p style="text-align: justify;">-         C’est quoi la résidence de France ?</p>
<p style="text-align: justify;">-         La maison de l’ambassadeur. »</p>
<p style="text-align: justify;">La maison de l’Ambassadeur ! Quelle intimité !</p>
<p style="text-align: justify;">« Pour lui tout seul ?</p>
<p style="text-align: justify;">-         Alors là…</p>
<p style="text-align: justify;">-         Peut-être qu’ils hébergent des personnalités ? suggéra la fille.</p>
<p style="text-align: justify;">-         Ben oui parce que pour un ambassadeur tout seul ça fait grand… ».</p>
<p style="text-align: justify;">Nous étions désormais sur un tapis rouge et sous une galerie couverte de toile immaculée qui semblait courir jusqu’au paradis des petits fours. Mais toujours dans une queue. Cette attente commençait d’ailleurs à me faire douter. Si le monde était tel dans le jardin et dans la file, pourquoi diable les salons seraient-ils, eux, plus aérés ? Et comment Gustave allait-il me retrouver avec sa pyramide de Ferrero s’il devait pour se faire passer sous le nez de centaines d’invités ? La pyramide ne survivrait jamais jusqu&#8217;à moi.</p>
<p style="text-align: justify;">Evidemment, je pressentais que Gustave ne serait pas là. Mais j’attendais de pied ferme son homologue en terre néerlandaise.</p>
<p style="text-align: justify;">Au fond de la galerie, on pouvait apercevoir un dégradé de verts, le jardin donc, duquel semblaient revenir quelques sommités invitées à 17 heures et déjà lassées par la fête.</p>
<p style="text-align: justify;">J’en trépignais d’impatience.</p>
<p style="text-align: justify;">Et c’est alors que surgit l’impensable : des bannières publicitaires. De chaque côté, nous étions soudain encadrés de pubs pour les volailles Ancenis, du poulet quoi.</p>
<p style="text-align: justify;">La bannière de gauche énumérait les nombreuses médailles reçues par les produits Ancenis, et celle de droite illustrait un slogan calamiteux : <em>L’excellence du terroir a un nom. </em>En bas, une agricultrice embrassait une poule comme une fillette le ferait d’un ours en peluche et en haut, une mère dans une étable inondée de soleil couvait du regard son garçonnet assis dans la paille, avec une poule dans les bras. Chez l’Ambassadeur ! La honte… Jamais une telle ignominie n’aurait trouvé refuge chez celui que je côtoyais chaque année à Noël par écran interposé.</p>
<p style="text-align: justify;">« Ça fait un peu cheap la pub pour le blanc de poulet là… ne puis-je m’empêcher de faire remarquer.</p>
<p style="text-align: justify;">-         Oh, pourquoi pas ? répondit prosaïquement la fille.</p>
<p style="text-align: justify;">-         C’est toujours ça de moins sur les impôts des Français. », ajouta son copain.</p>
<p style="text-align: justify;">Je n’avais pas vu les choses sous cet angle. L’argument se défendait rudement c’est sûr, mais bon, autant pour le chic français déployé devant l’étranger. Le rayonnement de la France subventionné par des cuisses de poulet, pardon.</p>
<p style="text-align: justify;">« T’as vu, ils n’ont reçu qu’une seule médaille en 2001 ! fit remarquer la fille qui semblait d’une bonne humeur à toute épreuve. Contre trois au minimum les autres années.</p>
<p style="text-align: justify;">-         Hum, c’est mauvais signe pour le buffet, répondit le gars on ne peut plus sérieusement. Irrégularité de la qualité…</p>
<p style="text-align: justify;">-         Et surtout, ils n’ont rien reçu depuis 2005, fis-je remarquer, déconcertée.</p>
<p style="text-align: justify;">-         On est foutus.</p>
<p style="text-align: justify;">-         Et t’as vu l’autre pub ? Ça fait onze ans qu’ils sont dans la course mais avec la photo on croirait que ça fait des siècles !</p>
<p style="text-align: justify;">-         C’est fait exprès.</p>
<p style="text-align: justify;">-         Tradition, tradition… »</p>
<p style="text-align: justify;">Au moins le poulet fournissait des sujets de conversation. Dans une file d’attente c’est toujours ça de gagné.</p>
<p style="text-align: justify;">Un homme en costume trois-pièces et une femme engoncée dans un ensemble digne de la reine d’Angleterre remontaient la queue comme des saumons à contre-courant, se frayant un chemin vers la sortie.</p>
<p style="text-align: justify;">« Je ne me rappelais pas qu’il y avait tant de queue la dernière fois…</p>
<p style="text-align: justify;">-         On avait du arriver plus tard…</p>
<p style="text-align: justify;">-         Plus tard ? m’étonnais-je (jamais je ne serai arrivée en retard chez l’Ambassadeur). Vous aviez eu le temps de profiter ?</p>
<p style="text-align: justify;">-         On pouvait avant vu que ça finissait plus tard. Mais avec les restrictions budgétaires la soirée se termine plus tôt cette année. »</p>
<p style="text-align: justify;">La conversation aurait pu passionnément rouler sur le spectre de récession mais notre attention fut captée par un détail beaucoup plus important : Plus loin dans la file, deux jeunes filles portaient à bout de bras un énorme panier garni et un bouquet de fleurs sur lequel Marie-Antoinette n’aurait pas craché.</p>
<p style="text-align: justify;">L’horreur. Elles n’étaient pas vraiment devant, mais à droite. La queue faisait un U.</p>
<p style="text-align: justify;">Putain.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>On peut dire putain chez l’Ambassadeur ?</em> me demandais-je vaguement. Et moi qui pensais que la file finissait au bout et qu’on allait pouvoir s’égailler dans le jardin…</p>
<p style="text-align: justify;">Mais l’étiquette et la panique reprirent le dessus :</p>
<p style="text-align: justify;">« Fallait apporter quelque chose ? »</p>
<p style="text-align: justify;">Pas la peine de prendre des gants avec mon couple-chaperon, depuis la première seconde ils savaient que j’étais à la masse.</p>
<p style="text-align: justify;">« Mais non, ça doit être des cadeaux officiels. Regarde, elles se tiennent bien droites. »</p>
<p style="text-align: justify;">-         Qui sait, peut-être des voisins ambassadeurs, suggéra la fille.</p>
<p style="text-align: justify;">-         Ça doit être sympa d’être Ambassadeur, dis-je, songeuse. Tu fais des fêtes, t’invites les autres…</p>
<p style="text-align: justify;">-         Vu que y’a que ça dans la rue il doit y en avoir plein !</p>
<p style="text-align: justify;">-         J’espère que les fêtes nationales sont bien réparties… », conclut le gars en souriant.</p>
<p style="text-align: justify;">Il me paru singulièrement plus sympa qu’avec son air buté.</p>
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">*</a> Je fais référence aux personnes respectables à qui l&#8217;on confiait naguère la surveillance des jeunes filles lors des sorties, pas au Petit Chaperon Rouge. Le chapitre sur les contes c’était avant, suivez un peu.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">*</a> Gustav III de Suède (quel merveilleux prénom) s’est fait zigouiller pendant un bal masqué alors imaginez ce qui pourrait arriver à une Réception chez l’Ambassadeur. J’en frémis.</p>
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		<title>Les rochers de l’ambassadeur : Chapitre 5</title>
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		<pubDate>Fri, 01 May 2009 09:40:15 +0000</pubDate>
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				<category><![CDATA[Les rochers de l’ambassadeur]]></category>
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		<description><![CDATA[Chapitre 5:  Le gratin et la plèbe
Une nouvelle brochette d’uniformes se dirigeait vers la sortie, accompagnée de quinquagénaires rutilantes.« Je sais pas si tu as remarqué mais les gens qui sortent sont beaucoup mieux habillés que nous, fis-je observer en sentant s’accroître cette petite boule d’angoisse qui ne voulait pas quitter mon estomac.
-         Ah oui, répondit [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><em>Chapitre 5:  Le gratin et la plèbe</em></p>
<p style="text-align: justify;">Une nouvelle brochette d’uniformes se dirigeait vers la sortie, accompagnée de quinquagénaires rutilantes.<span id="more-105"></span>« Je sais pas si tu as remarqué mais les gens qui sortent sont beaucoup mieux habillés que nous, fis-je observer en sentant s’accroître cette petite boule d’angoisse qui ne voulait pas quitter mon estomac.</p>
<p style="text-align: justify;">-         Ah oui, répondit la fille en baissant une nouvelle fois les yeux sur sa tenue, mais que veux-tu, le gratin à 17 heures, la plèbe à 18h30 ! »</p>
<p style="text-align: justify;">Et c’était censé me rassurer ? Comme si j’avais prévu de me noyer dans la masse plutôt que de froufrouter avec les amis de l’Ambassadeur…</p>
<p style="text-align: justify;">Alors qu’une troisième pancarte aviaire venait à notre rencontre, un homme avec un gros appareil photographique longea à son tour la file en sens inverse.</p>
<p style="text-align: justify;">« Le photographe officiel ressort ! s’exclama ma compagne.</p>
<p style="text-align: justify;">-         Il a du finir de photographier tous les gens bien habillés ! répondit le gars en riant.</p>
<p style="text-align: justify;">-         Et maintenant il s’enfuit avant que la plèbe ne débarque…</p>
<p style="text-align: justify;">-         Peut-être que plus tu viens tard plus tu peux venir mal habillé ? proposais-je.</p>
<p style="text-align: justify;">-         Imagine le gendarme de l’entrée te dit <em>Ah non, vu votre accoutrement faudra attendre une petite demi-heure…</em></p>
<p style="text-align: justify;">-         C’est vrai qu’on n’est pas terrible.</p>
<p style="text-align: justify;">-         Evidemment c’est plus facile avec un uniforme, baragouinais-je.</p>
<p style="text-align: justify;">-         Encore faut-il en avoir un, déplora la fille.</p>
<p style="text-align: justify;">-         Y’a qu’à en louer un et se pointer avec !</p>
<p style="text-align: justify;">-         Chiche ! On le fait l’année prochaine ! »</p>
<p style="text-align: justify;">Car que se passe-t-il quand trois personnes qui viennent de se rencontrer sont coincées sans recours dans une interminable file d’attente ? Soient elles arrêtent de parler et laisse un silence inconfortable s’installer, soit elles disent tout ce qui leur passe par la tête<a href="#_ftn1">*</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">« Je voudrais pas dire mais ça a l’air de continuer après la tente…</p>
<p style="text-align: justify;">-         Oui, jusque dans la maison.</p>
<p style="text-align: justify;">-         Peut-être qu’au bout on te présente ? suggérai-je. Ça prend toujours du temps les présentations officielles. » Puis je haussai le ton : « Monsieur le comte et Madame la comtesse de Trucmuche ! »</p>
<p style="text-align: justify;">Un reste de mes illusions versaillaises sans doute.</p>
<p style="text-align: justify;">Mon couple-pilote était plié en deux.</p>
<p style="text-align: justify;">Devant nous, un homme bien mis d’une cinquantaine d’années et qui semblait lire passionnément un fascicule d’analyse financière depuis le portique, releva brièvement la tête avant de se replonger dans son document. Il avait l’air navré par nos conneries.</p>
<p style="text-align: justify;">« Il est au-dessus de la plèbe, me chuchota la fille.</p>
<p style="text-align: justify;">-         Mais il est quand même arrivé à 18h30 ! » répondis-je, mesquine.</p>
<p style="text-align: justify;">Le ton, joyeux, était monté. Si l’Ambassadeur attendait encore pour nous faire rentrer, toute distinction se serait évanouie. Une ambiance de camping commençait à s’installer. Il ne manquait plus que le rouleau de PQ.</p>
<p style="text-align: justify;">« Au moins il fait beau.</p>
<p style="text-align: justify;">-         C’était pas gagné faut dire…</p>
<p style="text-align: justify;">-         C’est peut-être pour ça qu’ils ont installé un velum.</p>
<p style="text-align: justify;">-         Oui, s’il pleuvait on serait bien contents d’être protégés.</p>
<p style="text-align: justify;">-         Cela dit je suis contente qu’il fasse beau. » fit judicieusement remarquer la fille.</p>
<p style="text-align: justify;">Son copain n’avait pas participé à ce passionnant échange. Il avait l’air tout troublé :</p>
<p style="text-align: justify;">« J’ai l’impression que certains sont ressortis plusieurs fois.</p>
<p style="text-align: justify;">-         Ah bon ? m’étonnais-je.</p>
<p style="text-align: justify;">-         Mais non, c’est juste qu’ils se ressemblent tous, trancha la fille. Des uniformes ou des costumes bien  coupés, un peu satinés, le petit mouchoir qui va bien dans la pochette&#8230; »</p>
<p style="text-align: justify;">Et comme de juste, quatre hommes en costumes nous croisèrent. Nous les dévisageâmes sans aucune retenue.</p>
<p style="text-align: justify;">« Moi j’en ai vu aucun sortir plusieurs fois. » affirma la fille.</p>
<p style="text-align: justify;">Heureusement pour le nouveau groupe qui commençait à remonter la file, une autre distraction se présenta à nos yeux qui ne demandaient que ça : Un panneau récapitulant les sponsors. Sous nos pupilles avides s’étalaient tout à coup les logos de quelques entreprises plus ou moins connues : Alsthom, la volaille Ancenis, Label rouge, un gros bœuf limousin, une banque, KNMF ou un acronyme du même acabit, Sodexho…</p>
<p style="text-align: justify;">« Bon, ça veut dire qu’il y aura de la viande, conclut la fille.</p>
<p style="text-align: justify;">-         Et du champagne aussi.</p>
<p style="text-align: justify;">-         En tous cas je ne vois pas Ferrero. », dis-je d’air air quinaud.</p>
<p style="text-align: justify;">-         Ça, ça me ferait bien marrer ! s’esclaffa la fille.</p>
<p style="text-align: justify;">-         Je me demande s’il y a des réceptions où ils osent le faire… continua le gars, songeur.</p>
<p style="text-align: justify;">-         Ben non tu penses. » assura-t-elle.</p>
<p style="text-align: justify;">Comment ça non ? Et pourquoi pas d’abord ?</p>
<p style="text-align: justify;">Je faillis m’offusquer puis décidais qu’elle n’y connaissait rien.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous arrivions enfin au bout du U et commencions à apercevoir les invités entrer dans la maison.</p>
<p style="text-align: justify;">« C’est ça, il faut serrer la main de l’ambassadeur, annonça la fille.</p>
<p style="text-align: justify;">-         Mais qu’est-ce qu’il faut lui dire à l’Ambassadeur ? demandais-je paniquée une fois de plus. <em>Bon 14 juillet !</em> ?</p>
<p style="text-align: justify;">-         Mais non, répondit le gars. Tu te barres vite fait, c’est le plus grand service que tu puisses lui rendre… Il a du serrer des centaines de mains depuis 17 heures. »</p>
<p style="text-align: justify;">La fille prit une voix menaçante : « Moi je vais rester à causer 10 minutes. En souvenir du bon vieux temps, poursuivit-elle. On s’est déjà vus !</p>
<p style="text-align: justify;">-         Tu crois qu’il va se souvenir de toi ?</p>
<p style="text-align: justify;">-         Bien sûr, répondit-elle en rigolant. Je ne suis pas n’importe quelle plébéienne moi Madame. Je suis passée en 346<sup>ème</sup> position la dernière fois et qui ne se souviendrait pas de la 346<sup>ème</sup> personne qu’il a salué ?</p>
<p style="text-align: justify;">-         Bon, on se présente et puis c’est tout ! » trancha le gars.</p>
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">*</a> Pour ceux qui n’ont pas l’immense honneur de poireauter pour être admis dans des réceptions huppées, vous pouvez faire le test dans un ascenseur bloqué. Un conseil cependant : Si vous avez envie que vos compagnons aient un minimum envie de vous adresser la parole, ne le bloquez pas vous-même.</p>
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		<title>Les rochers de l’ambassadeur : Chapitre 6</title>
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		<pubDate>Fri, 01 May 2009 09:35:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>circe</dc:creator>
				<category><![CDATA[Les rochers de l’ambassadeur]]></category>
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		<description><![CDATA[Chapitre 6:  Salut, vieux Jules !*
Juste avant l’entrée de la maison, un petit auvent abritait un vestiaire pauvre en manteaux mais envahi de casquettes d’apparat. Il y en avait des dizaines superposées en piles bien nettes, à croire que certains en avaient amené deux. Les coudes sur le comptoir, le préposé semblait s’ennuyer ferme. Le gars [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><em>Chapitre 6:  Salut, vieux Jules !</em><a href="#_ftn1"><em>*</em></a></p>
<p style="text-align: justify;">Juste avant l’entrée de la maison, un petit auvent abritait un vestiaire pauvre en manteaux mais envahi de casquettes d’apparat. Il y en avait des dizaines superposées en piles bien nettes, à croire que certains en avaient amené deux. <span id="more-108"></span>Les coudes sur le comptoir, le préposé semblait s’ennuyer ferme. Le gars s’éclipsa pour déposer son sac à dos.</p>
<p style="text-align: justify;">Quelques secondes plus tard, un homme en uniforme se pointa à son tour et nous vîmes notre acolyte faire un pas en arrière pour lui laisser la place. Il se retourna pour nous faire un clin d’œil. À coup sûr il voulait voir le type lutter pour récupérer sa casquette.</p>
<p style="text-align: justify;">« Tu crois qu’il va la repérer facilement ? demandai-je.</p>
<p style="text-align: justify;">-         Je crois qu’il faut l’impressionner, répondit la fille.</p>
<p style="text-align: justify;">-         Qui ? répondis-je déconcertée.</p>
<p style="text-align: justify;">-         L’ambassadeur. Je vais lui dire, <em>Bonjour, je suis Amélie d’Autriche ! </em>dit-t-elle en pouffant.</p>
<p style="text-align: justify;">-         Alors là, t’es repérée pour l’année prochaine ! Ils vont te rayer des listes ! »</p>
<p style="text-align: justify;">Elle imita le bruit de l’instit’ qui barre un mot sur le tableau noir, à la craie. Schriiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiik !</p>
<p style="text-align: justify;">On commençait à apercevoir l’intérieur des salons. Je n’y connais rien mais le mobilier avait l’air stylé Louis quelque chose, les parquets à chevrons rutilaient, des tapisseries et des tableaux aux lourds cadres dorés agrémentaient les murs.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin Versailles !</p>
<p style="text-align: justify;">À ceci près qu’au milieu de la magnificence quasi baroque du mobilier, des écrans géants retransmettaient l’inévitable défilé.</p>
<p style="text-align: justify;">« C’était pas ce matin ?</p>
<p style="text-align: justify;">-         Si mais c’est pas une raison pour ne pas le regarder », me répondit ma guide avec j’oserai dire une pointe d’ironie.</p>
<p style="text-align: justify;">Il me vint alors une idée tout simplement géniale et sans rapport aucun avec le défilé qui ne m’intéressait pas plus que ça : Organiser un Cluedo grandeur nature !</p>
<p style="text-align: justify;">Nous avions tout ce qu’il fallait sous la main : la résidence de France pourrait avantageusement remplacer le manoir Tudor, nous avions des colonels et des chandeliers en pagaille, sans doute aussi des docteurs et des professeurs éminents, des revolvers à en juger par ce que les gendarmes laissaient passer et, ah, ben du coup la matraque ne devrait pas poser de problème…</p>
<p style="text-align: justify;">Oh, ça pourrait être super ! Je pourrais faire Mademoiselle Rose et… soudain, la file avança d’un coup. Cette manie de me couper dans mes élans je vous jure ! Evidemment nous n’étions pas prêts.</p>
<p style="text-align: justify;">« Attends, il nous manque Jérôme d’Autriche ! »</p>
<p style="text-align: justify;">Il revint juste à temps, avec un petit sourire en coin : « Il en a bavé&#8230; »</p>
<p style="text-align: justify;">Et ça y est, nous étions propulsés à deux pas de l’Ambassadeur. Entendant les précédents invités saluer, la fille se retourna vers moi : « C’est bonjour qu’il faut dire ! ».</p>
<p style="text-align: justify;">Pas con. Aucun de nous n’y avait pensé.</p>
<p style="text-align: justify;">En fait, ils étaient cinq, cinq notabilités alignées en arc de cercle et qui serraient des mains à la chaine. Qui étaient ces gens ?</p>
<p style="text-align: justify;">Je serrai la main de l’Ambassadeur en disant Bonjour. Très digne, il ne ressemblait pourtant en rien à celui que je connaissais et n’avait pas poussé l’élégance jusqu’à porter le smoking de mon idole.</p>
<p style="text-align: justify;">Je serrai la main de la femme de l’Ambassadeur en disant Bonjour.</p>
<p style="text-align: justify;">Je serrai la main de la deuxième femme (la maman de l’Ambassadeur ?) et… Ah, non, ma main était toujours toute seule en l’air. L’hypothétique mère de l’Ambassadeur avait le regard perdu au loin… Et il fallait que ça tombe sur moi.</p>
<p style="text-align: justify;">« Pardon ? Madame ? » dis-je en rapprochant exagérément mon visage du sien pour essayer de capter son regard vide.</p>
<p style="text-align: justify;">Je remuai les doigts sous son nez. « Je dois vous serrer la main ! »</p>
<p style="text-align: justify;">Deux secondes au moins s’écoulèrent, une éternité dans ce genre de situation.</p>
<p style="text-align: justify;">L’homme à ses côtés lui donna finalement un coup de coude et elle daigna enfin faire son office, sans un mot d’excuse.</p>
<p style="text-align: justify;">Je serrai la main de l’homme qui m’avait sauvée (le vice-Ambassadeur ?) en disant Bonjour.</p>
<p style="text-align: justify;">Je serrai la main du dernier homme (le cousin de l’Ambassadeur ?) en disant Bonjour.</p>
<p style="text-align: justify;">Fouyou ! Tu parles d’un honneur. Je m’enfuis vers la gauche où Amélie d’Autriche m’avait devancée pour reprendre mes esprits.</p>
<p style="text-align: justify;">« T’as vu comme elle m’a ignorée ?</p>
<p style="text-align: justify;">-         Oui, personne ne pouvait le louper…</p>
<p style="text-align: justify;">-         Comment peut-on oublier de serrer une main ?</p>
<p style="text-align: justify;">-         Elle doit être fatiguée…</p>
<p style="text-align: justify;">-         Mais justement, elle serre des mains en continu depuis deux heures, elle devrait être en mode automatique maintenant ! »</p>
<p style="text-align: justify;">Elle rit. Son copain venait de nous rejoindre et proposa fort obligeamment : « Si tu veux on peut faire un scandale.</p>
<p style="text-align: justify;">-         Ah, ils vont en entendre parler de l’Autriche ! », renchérit Amélie.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est alors qu’à défaut de Gustave, une jeune fille en chemise blanche et jupe droite noire vint vers nous, les bras chargés de petits fours.</p>
<p style="text-align: justify;">L’émeute fut oubliée grâce à trois languettes de saumon et de flétan enroulées sur elles-mêmes et piquées dans des galettes fourrées. Délicieux.</p>
<p style="text-align: justify;">La serveuse sourit, nous tendit trois serviettes et repartit apaiser d’autres esprits. Je la suivis du regard.</p>
<p style="text-align: justify;">« Tu crois que j’aurais pu en prendre deux ? »</p>
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">*</a> Page 42 de l’album <em>Astérix Gladiateur</em>, quand Astérix et Obélix entrent dans l’arène et saluent César à coté des gladiateurs qui lancent un noble <em>Avé César, morituri té salutant</em>. J’en ai des références, hein ?</p>
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		<title>Les rochers de l’ambassadeur : Chapitre 7</title>
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		<pubDate>Fri, 01 May 2009 09:30:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>circe</dc:creator>
				<category><![CDATA[Les rochers de l’ambassadeur]]></category>
		<category><![CDATA[Les rochers de l'ambassadeur]]></category>

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		<description><![CDATA[Chapitre 7:  Le mouvement perpétuel
Dans les salons de gauche, le bar prenait des airs de 14 juillet, ce qui tombait plutôt pas mal. Les tables alignées pour le constituer avaient été recouvertes d’une cotonnade rouge foncé et un ruban tricolore courrait le long de chaque arête. Derrière, les serveurs se tenaient droits et immobiles, mieux [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><em>Chapitre 7:  Le mouvement perpétuel</em></p>
<p style="text-align: justify;">Dans les salons de gauche, le bar prenait des airs de 14 juillet, ce qui tombait plutôt pas mal. <span id="more-110"></span>Les tables alignées pour le constituer avaient été recouvertes d’une cotonnade rouge foncé et un ruban tricolore courrait le long de chaque arête. Derrière, les serveurs se tenaient droits et immobiles, mieux vêtus que nous, remarquais-je immédiatement. Ils tenaient d’ailleurs plus des gardes de faction que des serveurs, puisqu’aucun d’eux ne semblait avoir un quelconque rapport avec les dizaines de verres pleins alignés sur les tables.</p>
<p style="text-align: justify;">Et toujours pas trace de Gustave.</p>
<p style="text-align: justify;">« Tu veux une coupe ? me proposa Amélie en s’avançant.</p>
<p style="text-align: justify;">-         Voui. Avec plaisir. » dis-je d’un air enjoué.</p>
<p style="text-align: justify;">Je n’aime pas le champagne ; les bulles remontent toujours inopinément et le vin me monte à la tête en deux gorgées. Mais la marquise de Pompadour a dit : « <em>Le <a href="http://www.dicocitations.com/citation.php?mot=Champagne">Champagne</a> est le <a href="http://www.dicocitations.com/citation.php?mot=seul">seul</a> vin que la <a href="http://www.dicocitations.com/citation.php?mot=femme">femme</a> <a href="http://www.dicocitations.com/citation.php?mot=peut">peut</a> <a href="http://www.dicocitations.com/citation.php?mot=boire">boire</a> <a href="http://www.dicocitations.com/citation.php?mot=sans">sans</a> s&#8217;<a href="http://www.dicocitations.com/citation.php?mot=enlaidir">enlaidir</a>.</em> ». Admettons.</p>
<p style="text-align: justify;">Son verre à la main, le gars nous rappela obligeamment à nos obligations mondaines : « Bon, on cherche le buffet ? ».</p>
<p style="text-align: justify;">L’idée me parut excellente. Si les petits fours étaient à ce point délicieux, le buffet devait être enchanteur et j’envisageais déjà de goûter aux multiples mets bien de chez nous qui n’arrivent pas à franchir les frontières jusqu’aux Pays-Bas. En sus des fameuses boules chocolatées cela va de soi.</p>
<p style="text-align: justify;">Avisant les grandes portes fenêtres qui donnaient sur le jardin, nous nous dirigeâmes vers l’eldorado tant attendu.</p>
<p style="text-align: justify;">C’était blindé. Bondé, bourré, fourmillant, grouillant, chargé, complet, encombré, peuplé, saturé, serré, rempli, touffu.</p>
<p style="text-align: justify;">La Réception de l’Ambassadeur n’était manifestement pas aussi élitiste que je l’avais espéré. Quand bien même j’avais maintenant parfaitement conscience que, si elle avait été à ce point sélective, je n’aurais sûrement pas pu y assister&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Les portes-fenêtres donnaient sur un escalier monumental en marbre, entrecoupé d’étroites terrasses. De petites tables rondes recouvertes d’étoffe bleue y avaient été installées et les convives étaient littéralement agglutinés autour<a href="#_ftn1">*</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">À mon avis, la volée de marches aurait du s’ouvrir sur un parc assez grand pour y faire atterrir le sempiternel hélicoptère, au risque de me répéter&#8230; Que nenni ! Elle donnait abruptement sur une bande de pelouse. Ce qui était logique finalement, puisque la maison était comme ses consœurs très proche de la haie.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais il en résultait un engorgement fort peu diplomatique à mon goût.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous descendîmes et je regrettai immédiatement mes talons qui s’enfoncèrent illico de toute leur hauteur dans la terre meuble. J’étais plantée dans le jardin de l’Ambassadeur.</p>
<p style="text-align: justify;">Amélie pouffa, je venais de perdre sept centimètres.</p>
<p style="text-align: justify;">Elle dut me tenir le coude pour que je me dégage en m’appuyant sur elle. Ma chaussure droite survécut à l’opération mais la gauche resta en terre et je dus me pencher pour la récupérer pendant que mes orteils prenaient bien malgré moi le soleil.</p>
<p style="text-align: justify;">Existait-il un guide indiquant tout ce qu’il ne fallait pas faire à ce type de Réception ? Si ce n’était pas le cas, je pourrai l’écrire à coup sûr en rentrant.</p>
<p style="text-align: justify;">J’étais donc condamnée à déambuler sur mes pointes de pieds ; la soirée promettait d’être plaisante.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous avisâmes une marquise blanche sur notre droite. Le buffet sans doute. Et évidemment, une queue s’était formée devant. Quelle poisse.</p>
<p style="text-align: justify;">Résignés, nous primes place dans la file.</p>
<p style="text-align: justify;">« C’est dommage qu’on n’ait pas de petits badges pour savoir qui est qui, regrettais-je.</p>
<p style="text-align: justify;">-         C’est vrai que ce serait pratique, me répondit Amélie. Par exemple, on connaitrait nos noms… ajouta-t-elle malicieusement. Tu t’appelles comment ?</p>
<p style="text-align: justify;">-         Julie. Et toi c’est Amélie d’Autriche, c’est bon j’ai retenu ! Et toi ? demandais-je à son ami.</p>
<p style="text-align: justify;">-         Jérôme.</p>
<p style="text-align: justify;">-         Ah oui, Jérôme d’Autriche. »</p>
<p style="text-align: justify;">Il nous avait fallu trois-quarts d’heure pour connaitre nos prénoms respectifs, à ce train-là on n’était pas prêt de s’échanger nos numéros de téléphone… Autant pour le networking en milieu diplomatique.</p>
<p style="text-align: justify;">« Et tu fais quoi ici au fait ? » me demanda Jérôme.</p>
<p style="text-align: justify;">Flûte c’était reparti pour une séance d’amabilités codifiées.</p>
<p style="text-align: justify;">« De la finance pour les magasins Blokker, répondis-je de l’air le plus ennuyeux que je pus.</p>
<p style="text-align: justify;">-         Ah bon ? Il ne faut pas parler néerlandais chez eux ? » s’étonna Amélie.</p>
<p style="text-align: justify;">Le néerlandais, cette langue chantante entre toutes, la bête noire des Français. Un ami m’a un jour dit que ses potes surnommaient les Bataves les « crache-par-terre ». Ça veut tout dire…</p>
<p style="text-align: justify;">« Non, c’est de la finance. Et ils m’ont offert des cours…</p>
<p style="text-align: justify;">-         C’est bien ça.</p>
<p style="text-align: justify;">-         Ça t’oblige… Et puis mon copain est néerlandais, ça aide…</p>
<p style="text-align: justify;">-         C’est sûr. »</p>
<p style="text-align: justify;">Deux femmes revenant du buffet nous bousculèrent, toutes occupées à boulotter des cubes de viandes.</p>
<p style="text-align: justify;">« Ah, y’en a qui ont faim !</p>
<p style="text-align: justify;">-         C’est stratégique. Comme ça elles pourront se remettre direct dans la queue ! »</p>
<p style="text-align: justify;">J’imaginais immédiatement ma version du mouvement perpétuel : un cercle sans fin de femmes endimanchées faisant la queue dans un sens, gobichonnant sur le retour et ainsi de suite… Léonard de Vinci aurait sûrement trouvé cette vision très intéressante.</p>
<p style="text-align: justify;">Évidemment une autre proposition aurait pu tourner autour de mes chocolats préférés : une pyramide de rochers dans laquelle chaque invité puise tour à tour et qui ne se dégarnit jamais… comme dans la pub quoi. Un tonneau des Danaïdes à l’envers.</p>
<p style="text-align: justify;">Amélie s’alluma une cigarette, l’air de rien. Jérôme fronça les sourcils : « T’es sûre que tu peux ?</p>
<p style="text-align: justify;">-         Mais oui, on est dehors et j’ai vu des gens bien habillés fumer. »</p>
<p style="text-align: justify;">Nos repères étaient complètement biaisés. Les femmes de la haute s’empiffraient et s’enfumaient, ce qui nous donnait le droit d’en faire autant. J’avais imaginé mon humble personne s’élever au contact d’une société raffinée, alors qu’en fait tout le monde semblait être revenu au degré zéro de la réunion : bouffer le plus vite possible. En temps normal je n’ai rien contre notez bien, mais chez l’Ambassadeur quand même… J’avais beau chercher, je ne voyais pas d’autres endroits où les possibilités étaient minces à ce point. Aux temps préhistoriques peut-être ?</p>
<p style="text-align: justify;">Cette pensée raviva de bien piteux souvenirs. Vers dix ans, alors que toute la classe se passionnait pour les peintures rupestres, Lucy et les bifaces, j’avais soudainement réalisé que je n’aurais pas survécu deux secondes si j’étais née à l’aube de l’humanité. Avec ma myopie carabinée, je me serais faite dégommer par un mammouth avant d’avoir eu le temps de dire ouf.</p>
<p style="text-align: justify;">Du coup, lors de la fête de fin d’année et alors que tous mes petits camarades se battaient pour un rôle de chasseur-cueilleur ou tout du moins de pêcheur, j’avais fait des pieds et des mains pour jouer le rôle d’un arbre. Une sombre page de mon enfance puisque je m’étais vue assaillie de chasseurs-cueilleurs pendant la représentation (certains m’avaient carrément sauté dessus en prétextant mimer le chasseur-cueilleur à l’assaut du miel de mes branches et j’avais fini aplatie sous la mêlée).</p>
<p style="text-align: justify;">Inutile de vous dire que ça ne serait jamais arrivé si la pièce de fin d’année avait été une Réception chez Monsieur l’Ambassadeur.</p>
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">*</a> Comme des abeilles sur un pot de miel, comme des promises chez Vera Wang un jour de soldes, comme des parisiens sur un Velib’ en fin de soirée, comme des mouches sur une grosse… enfin vous avez saisi.</p>
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		<title>Les rochers de l’ambassadeur : Chapitre 8</title>
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		<pubDate>Fri, 01 May 2009 09:25:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>circe</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Chapitre 8:  Les chasseurs-cueilleurs
Le fait que nous nous rapprochions nettement du buffet ne suffit pas à me dérider. Pour lors je n’avais pas vu l’ombre d’une pyramide, ni même de Gustave, aucun hélicoptère ne pouvait manifestement atterrir sur la pelouse et même l’Ambassadeur avait renoncé au smoking noir. Je me sentais de surcroît comme les [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><em>Chapitre 8:  Les chasseurs-cueilleurs</em></p>
<p style="text-align: justify;">Le fait que nous nous rapprochions nettement du buffet ne suffit pas à me dérider. Pour lors je n’avais pas vu l’ombre d’une pyramide, ni même de Gustave, aucun hélicoptère ne pouvait manifestement atterrir sur la pelouse et même l’Ambassadeur avait renoncé au smoking noir. <span id="more-112"></span>Je me sentais de surcroît comme les chasseurs-cueilleurs des temps paléolithiques : contrainte à poursuivre ma pitance.</p>
<p style="text-align: justify;">« Quand je pense que j’ai dit à tout le monde que j’allais à une Réception chez l’Ambassadeur… dis-je d’un air dépité.</p>
<p style="text-align: justify;">-         Tu t’attendais à quoi ?</p>
<p style="text-align: justify;">-         Et bien je ne sais pas, un immense jardin, un orchestre, pas de queue au buffet, des chocolats…</p>
<p style="text-align: justify;">-         Ah oui, je ne crois pas que ce sera le cas, reconnut Amélie. Cela dit, moi j’ai annoncé que j’allais à une garden-party alors, on est plutôt loin du compte… », ajouta-t-elle avec une petite moue.</p>
<p style="text-align: justify;">Une Garden-party chez l’Ambassadeur. Ça sonnait rudement bien.</p>
<p style="text-align: justify;">« Joli terme, je le retiens ! Ça fait super classe. Avec une garden-party on est à deux doigts du polo et des femmes en chapeau&#8230; C’est un autre style mais c’est top aussi. »</p>
<p style="text-align: justify;">Et nous fûmes en vue du buffet. Tadaa ! Il était couvert de salades en tous genres, une ode à nos amis les légumes et autres végétaux potagers. Peut-être l’Ambassadeur tenait-il à ce que ses ressortissants mangent bien leurs cinq fruits et légumes par jour ? Ça collait plutôt pas mal avec l’image paternaliste que je m’en faisais.</p>
<p style="text-align: justify;">J’imaginais déjà les slogans, <em>La France à l’étranger, la France en pleine santé !</em> ou encore <em>Vivons heureux, vivons fibreux !</em></p>
<p style="text-align: justify;">Au milieu du buffet trônait toutefois un grand plat argenté dans lequel s’amoncelaient de gros dés de côte de bœuf, encadré de bols de sauces. Les mêmes que celles que propose ma mère quand elle organise une fondue bourguignonne, les béarnaises et compagnie.</p>
<p style="text-align: justify;">La conclusion saute aux yeux : Ma mère aurait pu être Ambassadrice.</p>
<p style="text-align: justify;">En plus je suis sure qu’elle pourrait serrer 500 paires de mains sans broncher et sans laisser une malheureuse invitée les doigts en l’air pendant une minute. Et elle n’hésiterait pas à confectionner une pyramide de Rochers, c’est moi qui vous le dis !</p>
<p style="text-align: justify;">À part ça il faut vous imaginer le B.A.BA. des pique-niques : des assiettes et des couverts en plastique. N’ayant jamais vu de cubes de barbaque et d’assiettes en plastique dans les spots Ferrero, j’étais limite choquée. Mais je commençais surtout à avoir rudement faim&#8230; Deux cuisiniers s’activaient autour d’un grand grill derrière le buffet et le vent charriait des effluves de barbecue tout à fait appétissantes.</p>
<p style="text-align: justify;">Je me demandais combien de petits cubes nous étions censés prendre… Loin de moi l’idée de passer pour une morfale mais s’il fallait faire la queue une demi-heure à chaque fois, j’allais finir la soirée en état d’hypoglycémie.</p>
<p style="text-align: justify;">Chez les chasseurs-cueilleurs, il n’y a pas de réserves qui tiennent. Ici non plus : les assiettes sont trop petites. Quelle plaie. On passe 10000 ans à se sédentariser pour ne plus avoir à courir derrière la bouffe et à la moindre réception, paf, retour à la case départ.</p>
<p style="text-align: justify;">Après moult tergiversations, j’harponnais quelques morceaux de viande, deux-trois légumes pour la déco, et me dirigeais vers Amélie et Jérôme qui m’attendaient quelques mètres après l’auvent, en zigzaguant entre ceux qui dévoraient le contenu de leur assiette juste après l’avoir obtenu.</p>
<p style="text-align: justify;">« Bon, faut qu’on trouve le poulet, annonça Jérôme.</p>
<p style="text-align: justify;">-         Le poulet ?</p>
<p style="text-align: justify;">-         Ben oui, y’a un sponsor de viande limousine et y’a effectivement de la bonne viande donc, avec toutes les pubs pour la viande de poulet, il doit forcément y en avoir quelque part.</p>
<p style="text-align: justify;">-         Ah, ouais, pas bête.</p>
<p style="text-align: justify;">-         On devrait essayer par là, dit Jérôme en indiquant l’autre côté du jardin. Y’avait un buffet derrière y’a deux ans. »</p>
<p style="text-align: justify;">Allions-nous passer notre soirée à pister de la viande ?</p>
<p style="text-align: justify;">Mon estomac avait l’air plutôt pour et, si on regardait les choses en face, il n’y avait rien de  mieux à faire. Autre bon point : la piste n’était pas franchement difficile à suivre. Point besoin d’identifier l’empreinte du tatou par temps sec ni de prendre garde au sens du vent pour ne pas se faire boulotter par un grizzli.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais piste il y avait et piste nous allions suivre.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous étions définitivement devenus chasseurs-cueilleurs. Un bref instant, entre deux bouchées, je me souvins de mes cours : <em>Ne pas surexploiter le milieu, privilégier la diversité en même temps que les saveurs, autant de techniques de gestion de la nature qui assurent que, lors du prochain passage, les ressources seront toujours présentes</em><a href="#_ftn1"><em>*</em></a><em>.</em></p>
<p style="text-align: justify;">Mais qui a dit que je serai invitée l’année prochaine, hein ?</p>
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">*</a> <em>Les chasseurs-cueilleurs</em>, Marc David, Docteur de philosophie en anthropologie. Université de Caroline du Nord, Chapel Hill.</p>
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		<title>Les rochers de l’ambassadeur : Chapitre 9</title>
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		<pubDate>Fri, 01 May 2009 09:20:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>circe</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Les rochers de l'ambassadeur]]></category>

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		<description><![CDATA[Chapitre 9:  L’entonnoir
Après une courte pause dégustation, nous retraversâmes donc vaillamment le jardin. À force de faire des pointes, mes mollets commençaient à tirailler mais je ne me sentais pas d’abandonner les seules personnes que je connaissais dans l’enceinte pour aller me réfugier sur une surface plus ferme.
Nous ne fîmes hélas qu’une vingtaine de mètres [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><em>Chapitre 9:  L’entonnoir</em></p>
<p style="text-align: justify;">Après une courte pause dégustation, nous retraversâmes donc vaillamment le jardin. <span id="more-114"></span>À force de faire des pointes, mes mollets commençaient à tirailler mais je ne me sentais pas d’abandonner les seules personnes que je connaissais dans l’enceinte pour aller me réfugier sur une surface plus ferme.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous ne fîmes hélas qu’une vingtaine de mètres avant qu’un goulet d’étranglement en thuya (!) ne nous arrête en plein élan. Impossible de voir ce qui se tramait de l’autre côté.</p>
<p style="text-align: justify;">« Quand même ils pourraient tailler les haies chez l’Ambassadeur, ça fait désordre. » ne puis-je m’empêcher de noter.</p>
<p style="text-align: justify;">Le goulet d’étranglement était remarquablement organisé. À droite, monopolisant quasiment tout le passage, se tissait une file indienne de convives, une configuration que je commençais à pleinement maitriser. À gauche, les gens essayaient de revenir de l’endroit mystère comme ils le pouvaient. Ils se baissaient sous les thuyas récalcitrants pour passer, s’accroupissaient, se débattaient avec les rameaux qui semblaient vouloir les accrocher. Pas un n’envisagea d’empiéter sur la sacrosainte file d’attente.</p>
<p style="text-align: justify;">Le spectacle me paru plutôt sympathique. Plus les invités étaient élégants et plus les vicissitudes du passage valaient le coup d’œil. Les officiers en uniforme d’apparat qui se tenaient droits comme des i redécouvraient leurs articulations, les femmes en perdaient leurs épingles et se retrouvaient les cheveux en bataille et le rouge aux joues.   Pour la première fois, je me sentis vraiment à l’aise. Ma tenue ne craignait rien, mes cheveux non plus. Pas comme la gigantesque choucroute de cette femme qui venait de passer en quelques secondes de la coque laquée au balai brosse.</p>
<p style="text-align: justify;">C’était mesquin. Tant pis ! Je n’étais certes pas la plus élégante mais j’avais l’immense avantage d’être tout-terrain (sauf pour les talons mais bon, personne n’est parfait). Et c’est hyper tendance le tout-terrain. Si mon voisin peut flamber avec un 4&#215;4 dont la seule utilité est de faire 200 mètres par jour en centre-ville, je me donne le droit de pavaner avec une tenue tout-terrain à une Réception chez l’Ambassadeur.</p>
<p style="text-align: justify;">Les regards courroucés de ceux qui passaient dans l’autre sens ne faisaient qu’ajouter au comique de la situation. C’était comme assister à une projection dans les années 20. Vêtements étriqués, mimiques et gestes exacerbés, pas un mot : les Charlots se succédaient les uns aux autres. Pour un peu, j’aurais mis une note à chaque prestation.</p>
<p style="text-align: justify;">De plus, l’endroit mystère paraissait prometteur puisque certains invités en ressortaient avec du poulet grillé. Nous étions dans la bonne direction, arbre à poulet droit devant !<a href="#_ftn1">*</a></p>
<p style="text-align: justify;">Un malotru brisa ma bonne humeur en tambourinant avec insistance sur mon épaule. Oh ! C’était l’homme au fascicule d’analyse financière ! Le plébéien arrogant ! N’aurait-il pas pu tout simplement m’adresser la parole ? Ou étais-je à ce point dans mes pensées que je n’avais rien entendu ?</p>
<p style="text-align: justify;">« Y’a une sortie par là ? me demanda-t-il impatiemment.</p>
<p style="text-align: justify;">-         Non, ça a tout l’air d’un buffet, répondis-je avec aplomb.</p>
<p style="text-align: justify;">-         Vous êtes sûre ?</p>
<p style="text-align: justify;">-         Voui, il faut repasser par la maison pour sortir. »</p>
<p style="text-align: justify;">J’étais sûre de mon fait ; nous avions vu suffisamment d’invités remonter le courant pendant que nous patientions en attendant la poignée de main de l’Ambassadeur. Lui aussi d’ailleurs.</p>
<p style="text-align: justify;">Le goujat ne se démonta pas pour autant : « Les gendarmes m’ont dit qu’il y avait une sortie, asséna-t-il avec hauteur. Vous permettez ? »</p>
<p style="text-align: justify;">Et sans attendre ma réponse, il doubla toute la file en repoussant ceux qui essayaient de sortir.</p>
<p style="text-align: justify;">Le mufle ! Il voulait juste gruger !</p>
<p style="text-align: justify;">Après quelques minutes, nous réussîmes à notre tour à dépasser l’entonnoir résineux et nous aperçûmes que nous faisions partie d’une file d’attente qui se terminait à peine deux mètres plus loin, sur la droite, par une petite roulotte à poulet. Elle était peinte avec goût et décorée de cocardes tricolores mais surtout, elle était à portée et des petites assiettes s’alignaient sur son bar. Taïaut<a href="#_ftn2">*</a> !</p>
<p style="text-align: justify;">« C’est con j’aurai du garder des petites sauces pour le poulet… constata Jérôme en contemplant navré son assiette vide.</p>
<p style="text-align: justify;">-         Tiens y’a une sortie là ! », remarqua Amélie sourde aux considérations gastronomiques de son copain.</p>
<p style="text-align: justify;">Le malotru avait donc raison… Je décidai courageusement de ne pas faire état de ma mauvaise foi.</p>
<p style="text-align: justify;">À notre gauche se trouvaient de nouvelles petites tables rondes tendues de bleu et peuplées de coudes plus ou moins élégamment vêtus, ainsi qu’une deuxième marquise blanche, insondable derrière la foule qui s’y pressait.</p>
<p style="text-align: justify;">Le théâtre de nouvelles aventures ? Je commençais à me fatiguer de la chasse.</p>
<p style="text-align: justify;">Et c’est alors que je le vis. Il était de dos à une dizaine de mètres de moi, mais j’identifiais immédiatement l’auréole argentée des cheveux, et surtout l’inénarrable redingote noire. Qui d’autre serait venu en sombre redingote ? Son sixième sens du l’avertir de ma contemplation muette car il cessa de fixer son interlocuteur un instant pour tourner son visage vers la droite. J’aperçus son auguste profil, les bajoues tombantes, le menton fuyant émergeant du col cassé serré par une lavallière noire. Mes derniers doutes furent dissipés.</p>
<p style="text-align: justify;">Je m’exclamai « Gustave ! » et, sans plus m’expliquer auprès de mes acolytes, me dirigeais vers le héros de mon enfance, comme aimantée, presque fiévreuse. Il me fallut sans doute moins d’une minute pour contourner les groupes qui me séparaient de lui et le rejoindre, presqu’essoufflée, tant l’émotion m’avait gagnée. Faisant fi de son interlocuteur, je posais une main sur son avant-bras en un geste assuré qui se voulait à la fois d’interruption et d’amitié et lui dit, avec la bouche en cœur et le cil papillonnant propres aux groupies : « Vous voilà enfin ! J’ai passé la soirée à vous attendre… »</p>
<p style="text-align: justify;">Quel homme peut résister à une jeune femme passionnée dont l’œil se fait biche et le sourire avenant ? Il ne résista pas. Bien sûr il fut étonné mais enfin, il ne se démonta pas. Il se retourna d’un bloc, me jaugea de la tête aux pieds, sourit, et dit enfin : « Vous ma jolie, vous avez flairé du mâle ou je ne m’y connais pas. »</p>
<p style="text-align: justify;">-         Euh, balbutiais-je.</p>
<p style="text-align: justify;">-         Tu t’es pas trompée de porte, laisse-moi te le dire ! » affirma-t-il en soufflant un nuage de bourbon pur.</p>
<p style="text-align: justify;">Je restai bouche bée.</p>
<ol style="text-align: justify;">
<li>Gustave n’avait      pas de gants blancs.</li>
<li>Gustave me      faisait un rentre-dedans monstrueux.</li>
<li>Gustave était un      gros plein de soupe imbibé qui se prenait pour un étalon italien.</li>
<li>Ce n’était pas      Gustave.</li>
</ol>
<p style="text-align: justify;">Donc pour résumer, je venais d’allumer un septuagénaire ventripotent qui me le rendait bien. Jackpot. Ses yeux ne me lâchaient plus, m’encourageant à poursuivre, et j’imaginais la foule d’idées graveleuses qui devaient tournoyer sous son front dégarni. Arck. En même temps, c’est moi qui lui avais sauté dessus, je ne pouvais pas non plus tout lui mettre sur le dos. Comment allais-je me tirer de cet imbroglio avec diplomatie ?</p>
<p style="text-align: justify;">J’en étais là quand je m’avisai que ma main reposait encore sur son bras, crispée certes, mais toujours là.</p>
<p style="text-align: justify;">« Oh pardon ! dis-je en la retirant précipitamment.</p>
<p style="text-align: justify;">-         Ne t’excuses pas ma jolie, répond-il en mettant à son tour sa main sur mon avant-bras (Alerte ! Contact cutané direct !), je comprends que tu aies eu envie de tâter la bête…</p>
<p style="text-align: justify;">-         Ça t’a plu ? » ajouta son affidé.</p>
<p style="text-align: justify;">Quelle horreur… Mais pour qui se prenaient-ils ? Comment avaient-ils fait leur compte pour être pintés à ce point ? Et l’autre là, avec son ventre et même pas de cou. Et qui appelle encore les femmes <em>ma jolie</em> de nos jours, hein ? Qui ?</p>
<p style="text-align: justify;">Je renonçais à me tirer de cet imbroglio avec diplomatie.</p>
<p style="text-align: justify;">« Bande de pervers ! » m’écriais-je en ôtant sa sale patte de mon bras.</p>
<p style="text-align: justify;">J’opérai une volte-face digne de Flash Gordon et laissai les vieux dépravés comme deux ronds de flan pour me précipiter vers Amélie et Jérôme qui avaient trouvé refuge sous la marquise pour déguster leur encas gallinacé.</p>
<p style="text-align: justify;">J’entendis distinctement l’acolyte du faux Gustave s’écrier « Fais pas ta timide… » avant qu’ils sortent de mon champs auditif. J’en avais la chair de poule.</p>
<p style="text-align: justify;">« C’était qui ? me demanda Amélie, un ami à toi ?</p>
<p style="text-align: justify;">-         Euh, non, je croyais que c’était un ami de mes parents mais je me suis trompée…</p>
<p style="text-align: justify;">-         Et si on cherchait le buffet à fromages ? demanda Jérôme décidemment insatiable. J’ai l’impression que beaucoup de gens arrivent ici avec du fromage…</p>
<p style="text-align: justify;">-         Allez. » répondit Amélie avec un peu moins d’enthousiasme.</p>
<p style="text-align: justify;">Je suivis, trop heureuse de m’éloigner de l’endroit où l’usurpateur salace et son acolyte pouvaient revenir à la charge.</p>
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">*</a> Il faut savoir être réaliste: dans la catégorie chasseurs-cueilleurs, nous étions quand même plus du côté des cueilleurs que des chasseurs. S’il avait vraiment fallu chasser une pitance à pattes, on n’aurait pas fait les fiers. D’ailleurs quand j’y pense, Dans <em>Rocky II La Revanche</em>, l’entraineur de Balboa lui demande d’attraper un gallinacé pour améliorer sa vitesse et sa réactivité et ça lui prend un sacré bout de temps. Et c’est Rocky ! Alors nous…</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">*</a> Comme disaient souvent nos ancêtres préhistoriques.</p>
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