Extrait: Le Thalys
Extrait de Bande de Bataves! : Le Thalys
Tout a commencé par un bel après-midi de juillet quand je me suis rendue à la gare le cœur gonflé d’émotion à l’idée de retrouver le soir même une bande de joyeux lurons de ma connaissance autour de quelques cocktails dans une atmosphère muy caliente. Faisant fi des appels de mon estomac déjà agonisant (le hollandais mange tôt, très tôt), je passai outre les vendeurs de sandwichs en tous genres, imaginant déjà avec délice les ravages de l’alcool dans mon estomac à jeun. Et zou dans le Thalys !!
Toute à ma bonne humeur, je ne remarque tout d’abord pas le monstre qui s’assoit à côté de moi. Erreur. Premier virage, premier glissement de bras et je reconnais l’Odeur. 100% aisselles en folie, jus de chaussettes et concentré de testostérone, ah il doit être velu celui-là !! Et ben non, c’est une bonne femme qui me sourit en ouvrant son ENORME paquet de cahuètes. Avec coquilles. Deux heures plus tard, elle épluche toujours, je suis en apnée et je sais désormais que roter dans un train ne la traumatise absolument pas. Oh, et un cinglé a dû emmener son chat en voyage, histoire de faire profiter les touristes des délicats miaulements de son cher félidé. Quel con.
Alors évidemment quand on nous annonce cinq minutes de pause a Bruxelles, je suis plutôt gaillarde : respirer, se dégourdir les pattes, pourquoi pas ? Deux anglais me tapent la causette, c’est cool… Au bout de 20 minutes, ça l’est déjà moins. Ca sent le roussi comme qui dirait. Une panne d’électricité en France apparemment, mouais. Mais dix minutes plus tard c’est reparti ! Ah, non. Tout le monde redescend. Bon, c’est joli la gare de Bruxelles-Midi vers 22h00… mais c’est comme tout, on s’en lasse. Une heure debout sur le quai et on peut même dire que c’est chiant. Mais bon, enfin on repart, je retrouve mon adorable voisine et le nuage toxique qui flotte dignement autour de mon siège.
Au bout d’un quart d’heure je m’aperçois avec ravissement et une légère quinte de toux (Erreur no2, ne jamais inspirer brusquement) que deux places sont libres pas loin (les occupants ont dû mourir d’ennui à Bruxelles, ce sont des choses qui arrivent parait-il). Cool, je vais pouvoir pioncer deux heures !!!
Erreur no3 : anticiper.
1/ Toutes les cinq minutes désormais j’aurais droit à un arrêt ou à un départ du train ou tout du moins à une annonce du genre « Il n’y a plus qu’une seule voie pour Paris, nous repartirons dans cinq minutes. » ou mieux « Euh, plutôt 15 minutes ».
2/ Trois abrutis se sont lancés dans une conversation enfiévrée sur les mérites comparée de la photo et de la vidéo en vacances ET lors des mariages. Un simple outil de jardinage et je vous faisais un remake de Massacre à la tronçonneuse.
3/ Non, les boules Quiès ne peuvent rien contre de tels ténors.
4/ Il va bien falloir que je me résolve à renoncer à la soirée, il est minuit passé et je suis au milieu de nulle part, rien ne dit que nous arriverons un jour. J’enrage.
En revanche, quitte à pas finir la soirée bourrée, ni endormie, je me décide enfin à aller me chercher un croque et une bière au wagon bar. La dernière phrase de la vendeuse me laisse sans voix « Et voici votre monnaie mademoiselle. Bon, on va distribuer les boissons dans tous les wagons ? ». Argh, bière gratuite pour tout le monde, même pour ça y’a pas de justice.
Bref, à 1h30 on arrive enfin à Paris. Notons au passage que le traditionnel « Nous espérons que vous avez effectué un agréable voyage », négligemment balancé dans le micro par le maître en psychologie de service, juste après « Nous arrivons enfin à Paris avec 2h30 de retard », a provoqué un bel élan de ferveur collective, oh pardon, fureur.
Au moins, me dis-je alors, le billet sera remboursé. Ben non, ça ne marche pas avec le Thalys. Ils ne remboursent que le taxi! Serre les poings, tu as payé 121 euros pour 6h30 de train, ça te fait moins cher de l’heure quand on y pense. Grrr. Et encore, faut s’accrocher pour la procédure de remboursement ; plus compliqué c’est un test de recrutement pour la NASA. Et comme tous les voyageurs ne parlent pas français, c’est bibi qui s’y colle. C’est qu’ils n’y comprennent rien tous ces Anglais et autres Japonais qui reprennent l’avion demain matin. « Vous devriez travailler à la SNCF Mademoiselle ! » me lance gaillardement un agent sur le quai en me voyant expliquer tout le bordel en anglais.
Tu t’es vu, toi, avec ton képi, là ? La SNCF au moins elle rembourse. Un bon quart d’heure plus tard je ne rêve que de mon lit quand je constate avec effroi que la queue pour les taxis, au demeurant absents, s’étale sur 84 km (aucune exagération). Qu’importe, au point ou j’en suis, autant aller prendre un pot avec les anglais. Sympas, d’ailleurs. Comme quoi, y’a des rosbifs supportables.
Trois quarts d’heures plus tard, la queue n’a pas bougé, je me décide donc à trimballer mon sac à dos jusque République. En chemin un gars me demande où je vais, Daumesnil, lui aussi, on pourrait peut être faire cause commune. Pourquoi pas, je peux même payer, je m’en tape. Un taxi s’arrête, alléluia ! Mais le mec refuse de traverser la route. Pardon ? Ben oui, j’habite La Chapelle, faudrait qu’on s’arrange. La Chapelle ?? Mais c’est pas du tout la même direction ! C’est quoi ces conneries ?? Le taxi s’est barré, of course. Hallucinant. Je ne cherche plus à comprendre, je me barre. Je trouve enfin un taxi et quand j’arrive chez moi il est 4h00. Gloups.
Extrait du roman Bande de Bataves !
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