Extrait: Et la minijupe fut

Extrait de Bande de Bataves! : Et la minijupe fut

En automne, la sterne arctique, frêle oiseau d’une centaine de grammes, parcourt héroïquement 20000 km pour se rendre du Groenland à l’Antarctique. Damien et JP, eux, n’ont fait que 6 heures de voiture pour venir nous rendre visite à Amsterdam (et encore ils ont eu le temps de se paumer comme tout le monde à Breda).

À première vue, ça fait petit joueur. Toutefois, je vous invite à prendre connaissance du tableau croisé-dynamique à données éminemment scientifiques ci-dessous :

Tableau sterne arctique

La seule grosse performance de la sterne arctique par rapport à JP et Damien se résume donc à la vitesse moyenne par kilo. Et là soyons honnêtes, elle leur met une sacrée raclée. Bon. Toutefois, je ne suis pas sûre qu’une sterne arctique de 150 kg au volant d’une Laguna les aurait battu à plates coutures. J’en déduis immédiatement que JP et Damien sont les héros méconnus d’une migration intra européenne sur laquelle aucun film n’a été fait, et qu’ils méritent tout notre respect.

Mais quand le bilan de leur week-end se solde par un « Waouh, quand même y’a vachement de Néerlandaises en minijupe, c’est top ! », qu’est-ce que je suis censée dire ? Bande de boulets. Z’avez rien trouvé de mieux ? Un truc puissant et respectable qui sera retenu par des générations et des générations de touristes ? Je ne demande pas non plus un truc à la « Veni, vidi, vici » mais quand même, vous auriez pu sortir quelque chose d’un peu plus, je sais pas moi, « profond ».

Je crois que ce qui m’agace le plus, c’est que je me suis moi aussi faite cette réflexion, ainsi que David, Muriel, Benj, Jérôme… Nous sommes en hiver. Il fait -5oC au bas mot et les minijupes pullulent dans tous les coins. C’est dingue. Et ça leur va bien, en plus. Rien à voir avec l’Anglaise boudinée qui vomit en talons hauts dans le caniveau tous les samedis soirs avant 21h00. Non, la Néerlandaise porte la minijupe avec allure, qu’elle soit étudiante ou maman, en vélo ou en train de déambuler tranquillement sur la place du Dam. Stupéfiant (parce que la minijupe à vélo, on a beau dire, c’est pas ce qu’il y a de plus pratique). Alors pourquoi tant de minijupes ?

Puisque des milliers d’organismes cérébrés ont manifestement l’âme déchirée par cette question philosophique indispensable à la survie du monde moderne tel que nous le connaissons, il faut bien que quelqu’un se penche sur le sujet.

Allons-y.

La minijupe est un vêtement plébiscité depuis la haute Antiquité, comme tout un chacun peut le constater à travers les multiples œuvres d’art exposées dans les musées les plus prestigieux.

Venus en minijupe

Mais encore ? La version officielle est qu’elle a été inventée en 1966 par la styliste londonienne Mary Quant. Ah ouais ? Et Betty Boop alors, elle portait quoi ? Une combi de mécano peut-être ? Pfff.

Soit dit en passant, je signale à tous ceux qui fantasment encore sur Betty Boop, qu’il s’agit d’un personnage de cartoon inventé en 1930 (donc à peu près quand votre grand-mère mouillait ses langes) pour être la compagne… d’un chien ! Et oui, à cette époque, ses boucles d’oreilles n’étaient que de longues oreilles pendantes et elle avait une petite truffe à la place du nez. Alors, ça vous excite toujours ?

Merde, j’aurais du m’en douter.

Mais tout ça ne fait guère avancer le schmilblick, reconnaissons-le.

Pourquoi la Néerlandaise est-elle si souvent minijupée, collantée et bottée ?

  1. Parce que c’est la mode

Mouais. Bof. Pour les bottes OK mais pour la minijupe ça colle pas. Paris est la capitale de la mode et les filles ne se baladent pas en minijupe par -40. D’ailleurs, si certains de mes amis mâles évaluent l’approche des grandes vacances au moyen d’un ratio nombre de minijupesfille croisée hyper au point, ce n’est pas pour rien. Ça prouve que la minijupe ne peut en aucun cas être considérée comme un vêtement fashion en hiver.

  1. Par économie

Hum, quand on voit le prix de la bande de tissu incriminée, on se dit qu’on ferait ptêt mieux de s’acheter un manteau. Ou même un appart vu le prix du mètre carré (enfin moi c’est ce que je me dis devant une minijupe à 169 euros).

  1. Pour se faire siffler

Au-delà du fait que c’est le genre de réflexion qui me vaudra sans doute l’émission d’une fatwa par les Chiennes de garde, je dirais que non. J’ai jamais entendu une Néerlandaise se faire siffler. Et vu le nombre de minijupes que j’ai croisées, ça nous fait une population de sondées pas piquée des hannetons.

  1. Parce qu’elle est chaude comme la braise

Ça vous plairait, hein ? Ben désolée, pareil, je réfute. Enfin plutôt, les Néerlandais et expatriés que j’ai interrogés ont réfuté cette alléchante théorie d’un air complètement découragé.

Je ne vois donc qu’une réponse possible à cet épineux problème épicurien : La Néerlandaise porte des minijupes pour se différencier de l’Allemande dans l’imagerie populaire française. Élémentaire, mon cher Watson. Nous savons que les Néerlandais sont volontiers francophiles, or, qu’apprennent-ils au détour d’une banale conversation, un morceau de bitterballen encore coincé dans la prémolaire gauche ? Le concept de la grosse Bertha. Le Français moyen se complaît à voir l’Allemande typique comme une grosse matrone blonde (avec des tresses), jamais loin d’un rouleau à pâtisserie (genre Cunégonde dans Robin Dubois), épaisse et rogue. La pauvre Néerlandaise, elle aussi blonde et grande, se sent attaquée et riposte : elle met une minijupe. Ainsi, même le touriste mal dégrossi se rend compte que la Néerlandaise se rapproche plus du concept de la Suédoise que de celui de l’Allemande et elle peut continuer tranquillou son petit bonhomme de chemin.

Extrait du roman Bande de Bataves !

En automne, la sterne arctique, frêle oiseau d’une centaine de grammes, parcourt héroïquement 20000 km pour se rendre du Groenland à l’Antarctique. Damien et JP, eux, n’ont fait que 6 heures de voiture pour venir nous rendre visite à Amsterdam (et encore ils ont eu le temps de se paumer comme tout le monde à Breda).

À première vue, ça fait petit joueur. Toutefois, je vous invite à prendre connaissance du tableau croisé-dynamique à données éminemment scientifiques ci-dessous :

Sterne arctique

JP et Damien

Distance parcourue

20000 km

504 km

Temps nécessaire

4 mois

6 heures

Vitesse moyenne

6,94 km/h

84 km/h

Poids

100 g

175 kg (à deux)

Vitesse moyenne au kilo

69,4 km/h/kg

0,56 km/h/kg

Handicap physique

Pas de voiture

Pas d’ailes

Obstacles

Océan, pylônes électriques, prédateurs, chasseurs…

Sens interdits, panneaux d’indication retors, pistes cyclables, tramways…

Temps approximatif passé à destination

2 mois

1 week-end

Nombre de km parcourus par heure passée sur place avant de repartir dans l’autre sens

13,7

12,6

La seule grosse performance de la sterne arctique par rapport à JP et Damien se résume donc à la vitesse moyenne par kilo. Et là soyons honnêtes, elle leur met une sacrée raclée. Bon. Toutefois, je ne suis pas sûre qu’une sterne arctique de 150 kg au volant d’une Laguna les aurait battu à plates coutures. J’en déduis immédiatement que JP et Damien sont les héros méconnus d’une migration intra européenne sur laquelle aucun film n’a été fait, et qu’ils méritent tout notre respect.

Mais quand le bilan de leur week-end se solde par un « Waouh, quand même y’a vachement de Néerlandaises en minijupe, c’est top ! », qu’est-ce que je suis censée dire ? Bande de boulets. Z’avez rien trouvé de mieux ? Un truc puissant et respectable qui sera retenu par des générations et des générations de touristes ? Je ne demande pas non plus un truc à la « Veni, vidi, vici » mais quand même, vous auriez pu sortir quelque chose d’un peu plus, je sais pas moi, « profond ».

Je crois que ce qui m’agace le plus, c’est que je me suis moi aussi faite cette réflexion, ainsi que David, Muriel, Benj, Jérôme… Nous sommes en hiver. Il fait -5oC au bas mot et les minijupes pullulent dans tous les coins. C’est dingue. Et ça leur va bien, en plus. Rien à voir avec l’Anglaise boudinée qui vomit en talons hauts dans le caniveau tous les samedis soirs avant 21h00. Non, la Néerlandaise porte la minijupe avec allure, qu’elle soit étudiante ou maman, en vélo ou en train de déambuler tranquillement sur la place du Dam. Stupéfiant (parce que la minijupe à vélo, on a beau dire, c’est pas ce qu’il y a de plus pratique). Alors pourquoi tant de minijupes ?

Puisque des milliers d’organismes cérébrés ont manifestement l’âme déchirée par cette question philosophique indispensable à la survie du monde moderne tel que nous le connaissons, il faut bien que quelqu’un se penche sur le sujet.

Allons-y.

La minijupe est un vêtement plébiscité depuis la haute Antiquité, comme tout un chacun peut le constater à travers les multiples œuvres d’art exposées dans les musées les plus prestigieux.

La Vénus de Milo en minijupe

Mais encore ? La version officielle est qu’elle a été inventée en 1966 par la styliste londonienne Mary Quant. Ah ouais ? Et Betty Boop alors, elle portait quoi ? Une combi de mécano peut-être ? Pfff.

Soit dit en passant, je signale à tous ceux qui fantasment encore sur Betty Boop, qu’il s’agit d’un personnage de cartoon inventé en 1930 (donc à peu près quand votre grand-mère mouillait ses langes) pour être la compagne… d’un chien ! Et oui, à cette époque, ses boucles d’oreilles n’étaient que de longues oreilles pendantes et elle avait une petite truffe à la place du nez. Alors, ça vous excite toujours ?

Merde, j’aurais du m’en douter.

Mais tout ça ne fait guère avancer le schmilblick, reconnaissons-le.

Pourquoi la Néerlandaise est-elle si souvent minijupée, collantée et bottée ?

  1. Parce que c’est la mode

Mouais. Bof. Pour les bottes OK mais pour la minijupe ça colle pas. Paris est la capitale de la mode et les filles ne se baladent pas en minijupe par -40. D’ailleurs, si certains de mes amis mâles évaluent l’approche des grandes vacances au moyen d’un ratio nombre de minijupesfille croisée hyper au point, ce n’est pas pour rien. Ça prouve que la minijupe ne peut en aucun cas être considérée comme un vêtement fashion en hiver.

  1. Par économie

Hum, quand on voit le prix de la bande de tissu incriminée, on se dit qu’on ferait ptêt mieux de s’acheter un manteau. Ou même un appart vu le prix du mètre carré (enfin moi c’est ce que je me dis devant une minijupe à 169 euros).

  1. Pour se faire siffler

Au-delà du fait que c’est le genre de réflexion qui me vaudra sans doute l’émission d’une fatwa par les Chiennes de garde, je dirais que non. J’ai jamais entendu une Néerlandaise se faire siffler. Et vu le nombre de minijupes que j’ai croisées, ça nous fait une population de sondées pas piquée des hannetons.

  1. Parce qu’elle est chaude comme la braise

Ça vous plairait, hein ? Ben désolée, pareil, je réfute. Enfin plutôt, les Néerlandais et expatriés que j’ai interrogés ont réfuté cette alléchante théorie d’un air complètement découragé.

Je ne vois donc qu’une réponse possible à cet épineux problème épicurien : La Néerlandaise porte des minijupes pour se différencier de l’Allemande dans l’imagerie populaire française. Élémentaire, mon cher Watson. Nous savons que les Néerlandais sont volontiers francophiles, or, qu’apprennent-ils au détour d’une banale conversation, un morceau de bitterballen encore coincé dans la prémolaire gauche ? Le concept de la grosse Bertha. Le Français moyen se complaît à voir l’Allemande typique comme une grosse matrone blonde (avec des tresses), jamais loin d’un rouleau à pâtisserie (genre Cunégonde dans Robin Dubois), épaisse et rogue. La pauvre Néerlandaise, elle aussi blonde et grande, se sent attaquée et riposte : elle met une minijupe. Ainsi, même le touriste mal dégrossi se rend compte que la Néerlandaise se rapproche plus du concept de la Suédoise que de celui de l’Allemande et elle peut continuer tranquillou son petit bonhomme de chemin.

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