Extrait: Les Bicyclette Awards
Extrait de Bande de Bataves! : Les Bicyclette Awards
Et puis j’ai découvert la ville où les cyclistes font chier les automobilistes et pas l’inverse. Plate la ville. Les mamans y font du vélo en mini-jupe et talons hauts, avec un gamin sur le porte-bagages et un autre dans la benne devant. Les avocats et autres travailleurs endimanchés (et non travailleurs du dimanche) enfourchent sans complexe leur vélo à haut guidon… sans pince à linge. Alors qu’ils sont en super costards ! Ma mère ne les aurait jamais laissé faire, c’est moi qui vous le dis. Sans compter tous les autres qui sillonnent la ville au mépris du bon sens et des sens interdits, se faufilant partout. On dit toujours à propos des chats que si les moustaches passent, le reste passe aussi. En vélo c’est le même principe : si le guidon passe, c’est que l’affaire est dans le sac. Et vas-y que je te double par la droite.
À Amsterdam, le vélo est populaire : ça veut pas dire prolo, ça veut juste dire que tout le monde en fait sans distinction d’âge, de classe sociale ou de je ne sais quelle autre catégorie inventée pour étalonner les humains débonnaires que nous sommes.
Jetez un coup d’œil aux pédales quand vous y serez : au feu rouge vous verrez patienter des escarpins, des bottes (sexy mais rarement considérées comme pratiques), des Doc Martens, des baskets évidemment, des tongs dès qu’il fait plus de 10oC, des chaussures à talons aiguilles / bobine / carrés… (avec lesquelles il doit parfois être plus facile de faire du vélo que de marcher), des ballerines, des mules, des mocassins à glands (généralement assez transparents sur la classe sociale de leur occupants) et ces chaussures italiennes hors de prix qui allongent démesurément les pieds des requins de la finance.
Et le vélo ne se contente pas d’être populaire, il est aussi ludique. Il a gardé une étincelle d’enfance, un parfum de challenge et de grand n’importe quoi.
Imaginez. Vous êtes en train de pédaler tranquillou et vous apercevez quelqu’un en plein milieu de la piste cyclable. Elle est en effet indéniablement attirante, si belle et lisse qu’on la prend pour le chemin pavé d’or du Magicien d’Oz et qu’on a envie d’aller dessus, avec ou sans chaussures rouges. Toute considération ozesque mise à part, il faut bien que vous vous manifestiez pour éviter l’impact, non ? Vous activez donc gaiement le mécanisme de votre sonnette et un dring dring clair et pimpant retentit. À ce moment le touriste, car il s’agit à 95% d’un touriste, sursaute. Déjà c’est drôle. Ce qui l’est davantage, c’est que la plupart du temps le touriste ne se contente pas de sursauter, il saute. Un joli petit saut de cabri affolé, léger et aérien. Ça marche aussi avec les touristes de 100 kilos et les petits jeunes qui se la jouent caïds sur la promenade des anglais : un petit coup de sonnette et zoup, le petit saut de cabri de côté. C’est hilarant, surtout quand ça arrive tous les 500 mètres.
Parfois le touriste se fait aussi alpaguer sans ménagement par ses amis moins tête-en-l’air qui l’attrapent par la manche et le jettent sur le trottoir avec précipitation. C’est moins bien, mais on s’en contente. Ça donne envie de beugler « Oh, oh, je suis le roi de la jungle, fuyez bande de gnous ! ».
Ce jeu-là est évidemment accessible à tous les cyclistes équipés d’une sonnette. Pour le second, il faut être un vrai professionnel. La règle est pourtant simple : transporter tout et n’importe quoi, tout en conduisant avec brio. Et à ce jeu là les Néerlandais pure souche sont de vrais magiciens.
Si vous voulez tenter, essayez déjà d’acquérir les bases, c’est-à-dire conduire avec un parapluie dans la main gauche, un bouquet de tournesols sous le bras et un portable dans la main droite. Si vous y arrivez, vous pourrez envisager de passer aux choses sérieuses.
Perso j’ai renoncé, j’ai déjà du mal à signaler que je tourne à gauche, alors avec un bouquet de fleurs ou un portable en même temps c’est pas la peine. Mais par procuration je me suis lancée dans un répertoire des plus belles cargaisons :
- Une contrebasse (en tous cas un très gros violon) portée aussi facilement qu’un banal sac à dos,
- Une effigie grandeur nature de Kill Bill sous le bras d’un gamin de 12 ans,
- Un écran de mac ficelé sur le guidon,
- Un papa sportif… et six enfants (deux sur les petits sièges au niveau du porte-bagages, un devant le guidon et trois dans la benne),
- Un cadre de table de plus d’un mètre de coté, avec quatre pieds bien massifs,
- Un grand miroir,
- Deux chiens. Sans benne, j’ai pas vraiment compris comment ils tenaient en équilibre sur le porte-bagages et la barre transversale,
- Un sapin de noël,
- Une grosse valise (type Samsonite plastifiée) sur un porte-bagages, pas attachée, rien, juste calée avec le siège bébé, et une valise à roulette posée sur le guidon.
Je me demande à qui je vais décerner le Bicyclette Award de la meilleure prestation.
Extrait du roman Bande de Bataves !
Mots clés: Extraits Bande de Bataves










12 avril 2010 à 15 h 40 min
porter une contrebasse á velo ? fort !